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poésie 48LECTURES

À Ponticus II

Je te l'avais bien dit, trop imprudent railleur,
Qu'un jour l'Amour viendrait faire plier ton cœur ;
Et te voilà soumis, aux pieds d'une maîtresse,
D'une esclave qu'acquit naguère ta largesse.
Sans Apollon je peux nommer les jouvenceaux
Que chaque belle met sous son joug ; à mes maux,
A mes pleurs, aux tourments, je dois l'expérience.
Puissé-je de l'Amour ignorer la science !

Que te sert d'avoir dit sur un sublime ton
La ville qu'éleva la lyre d'Amphion ?
Mimnerme dans l'amour peut autrement qu'Homère ;
Seuls, les chants amoureux à l'Amour peuvent plaire.
Cours enterrer ton œuvre et daigne consentir
De la jeune Romaine à charmer le loisir.

Que ferais-tu devant une maîtresse altière ?
Tu puises maintenant au sein d'une rivière ;
Tu ne connais encor ni flamme ni pâleur ;
Des premiers feux à peine éprouves-tu l'ardeur.

Quand viendra le moment, les tigres d'Arménie,
La roue et les liens seront doux à ta vie.
Tu les préféreras aux traits de cet enfant
Qui te fera souscrire à ses vœux, chaque instant.
Si d'une main il semble autoriser la fuite,
L'autre dans ses filets nous ramène de suite.

Sache d'une maîtresse apprécier l'ardeur ;
Elle cède souvent pour dominer ton cœur.
Alors à nos regards elle s'offre sans cesse ;
On ne peut plus ailleurs diriger sa tendresse.
Nous ne voyons l'Amour que piqués jusqu'au vif.
Pour d'incessants baisers ne deviens pas captif.
Les caresses pourraient amollir pierre et chêne ;
Elles vaincront bien mieux notre nature humaine.

Quoique honteux, confie à ma foi ton malheur ;
Des chagrins partagés nous soulagent le cœur.