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poésie 55LECTURES

À Jupiter

Jupiter, prends pitié des maux de ma maîtresse.
Elle est belle ; et sa mort t'accuserait sans cesse.

L'air s'embrase déjà des brûlantes chaleurs
Et de la canicule éprouve les ardeurs.
N'accusons ni ses feux ni le ciel, ma Cynthie,
Mais ton peu de respect des dieux, pendant ta vie.
Voilà ce qui vous perd, femmes, car vos serments
Ou tombent dans les eaux, ou partent sur les vents.

De la comparaison Vénus s'irrite-t-elle,
Jalouse de te voir auprès d'elle encor belle ?
Des temples de Junon ne te moquais-tu pas ?
Rendais-tu les honneurs aux beaux yeux de Pallas ?
Fière de ses attraits, on dit plus qu'on ne pense.
Indiscrète beauté, voilà ta récompense.
Mais peut-être tes jours, qu'assaille le malheur,
Se termineront-ils par un destin meilleur.

Sous une forme étrange, Io, dans sa jeunesse,
Vint s'abreuver au Nil dont elle est la déesse ;
Leucothoé sur terre erra ses premiers ans ;
On l'invoque aujourd'hui sur les flots menaçants :
Aux monstres furieux, victime destinée,
Andromède devint l'épouse de Persée,
Et Callisto, changée en ourse, sur les flots,
Par ses feux, dans la nuit, guide les matelots.

Peut-être, si le ciel hâte l'instant suprême,
Tu trouveras l'honneur dans le trépas lui-même.
Sémélé te croira, rappelant ses douleurs,
Lorsque de la beauté tu diras les malheurs,
Et parmi les grands noms célébrés par Homère,
Sans opposition tu seras la première.
Maintenant de ton mieux obéis au destin.
Le temps passe et les dieux se calment à la fin.
Jupiter, sauve-la... Ne crains point la colère
De Junon qu'une vierge, en son trépas, fait taire.

Le rhombe, sans tourner, d'impuissance est atteint ;
Le laurier crie en vain dans le feu qui s'éteint,
Et la lune, du ciel refuse de descendre ;
Seul, le chant du corbeau fatal se fait entendre.
Eh bien ! la même barque emportant deux amants
Fera voile avec eux loin des lieux des vivants.
De nous deux prends pitié, dieu cruel pour Cynthie.
Je mourrai de sa mort, je vivrai de sa vie.
Sauve-nous, et pour prix je chanterai toujours :
« Jupiter a sauvé Cynthie et nos amours ».
Elle-même, à tes pieds, d'un long voile couverte,
Dira que ta main seule a détourné sa perte.

La bonté, Proserpine, est faite pour ton cœur ;
0 Pluton, pourrais-tu montrer plus de rigueur !
L'enfer aux sombres lieux tant de beautés enserre
Qu'il peut en laisser une au moins sur cette terre
Pasiphaé, Typo, la fille d'Eurytus
Et celle d'Agénor aux noirs bords sont venues ;
Ce qu'avaient de parfait Priam, la Grèce et Troie,
De l'avide bûcher est devenu la proie,
Et Rome a vu descendre en la nuit du tombeau
Ce qu'elle possédait de plus grand, de plus beau.
Ou plus tôt ou plus tard, une route commune
Mène vers le néant la beauté, la fortune.
Puisque loin du danger maintenant tu te vois,
Viens à Diane offrir l'encens que tu lui dois ;
Donne une nuit de veille à la vache déesse,
A moi dix de bonheur, fidèle à ta promesse.