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poésie 44LECTURES

À Gallus III

Tu vas, encor, Gallus, c'est le cours ordinaire,
Jouir en me voyant délaissé, solitaire.
Je n'éprouverais pas, perfide, un tel bonheur.
Qu'une amante jamais ne t'enlève son cœur !
Tu grandis ton renom à tromper tes amantes ;
Mais quand rien ne fixa tes flammes inconstantes,
Tardivement épris d'un amour sérieux,
Tu pâlis, tu fléchis devant les premiers feux.
Des cœurs abandonnés poursuivant l'infortune,
Une femme prendra la défense commune ;
Elle saura calmer ton désir indompté
Et t'enlever le goût de ta légèreté.
J'ai vu ; ce ne sont pas de vaines conjectures,
Et tu ne prétends pas nier des choses sûres ;
Sur son sein je t'ai vu placé languissamment
Chercher un mot d'espoir, soumis et suppliant,
Et vouloir pour ce mot abandonner la terre !...
Ce que j'ai vu de plus, ma pudeur doit le taire.

De vos embrassements telle était la fureur
Que je n'ai pu moi-même arrêter votre ardeur.
Avec de tels transports, sous le nom d'Enipée,
Jamais le dieu Pluton n'assiégea Salmonée ;
Hercule sur l'Œta ne fut jamais brûlé
De feux si violents pour la divine Hébé.
Il a suffi d'un jour à cette rude amante
Pour te tout consumer de sa flamme brûlante ;
Elle n'a point souffert tes précédents mépris ;
Sans espoir d'échapper, Gallus, te voilà pris.
Il est vrai, Lycoris, autant que Léda belle,
Des filles de Léda soutient le parallèle !
Des filles d'Inachus le regard gracieux
Moins qu'elle charmerait le puissant roi des cieux !

Puisqu'à mourir d'amour mon cher Gallus s'apprête,
Use de ton bonheur, jouis de ta conquête,
Et, lorsque tu subis une nouvelle erreur,
Que Lycoris ait tout pour réjouir ton cœur.