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poésie 48LECTURES

À Gallus II

Délicieuse nuit ! confident de tes pleurs,
J'ai vu, mon cher Gallus, tes premières ardeurs.
Nuit heureuse au-dessus de ce que l'on peut croire,
Que de fois tu viendras t'offrir à ma mémoire !

Je t'ai vu défaillir aux bras de Lycoris,
Par mots entrecoupés rappeler tes esprits.
Le sommeil accablait ma pesante paupière ;
La lune, dans le ciel, avançait sa carrière ;
Je n'ai pu cependant m'éloigner de vos jeux,
Tant vos bouches brillaient tour à tour de vos feux.

Mais puisque tu m'as pu laisser voir ton ivresse,
En échange reçois le prix de ma tendresse.
J'ai su de vos ardeurs conserver le secret,
Mais je puis être encor plus qu'un ami discret.
Je sais près d'un amant ramener une amante,
Surmonter la rigueur d'une porte trop lente ;
Je puis d'un mal récent soulager la douleur ;
Des remèdes ma voix est toujours le meilleur.
Ma maîtresse m'apprit ce qu'on doit ou non faire,
Sous l'Amour j'étudiai l'art d'aimer et de plaire.
Garde-toi de combattre une mauvaise humeur ;
Sois souple, et, sans garder un silence boudeur,
Accueille avec plaisir et demande et prière ;
Ne réponds aux bontés jamais d'un ton sévère.
Méprisée, une amante éclate en sa fureur ;
Offensée, elle tient la vengeance en son cœur.

Plus tu seras modeste et doux pour ta maîtresse,
Et plus tu jouiras de sa vive tendresse.
Pour être heureux avec une même beauté,
Sache vivre plein d'elle et fuir ta liberté.