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poésie 56LECTURES

À Cynthie VIII

Tu fuis Rome ; pourtant je suis heureux, Cynthie,
De penser qu'en nos champs tu vas couler ta vie.
Dans ces lieux innocents nul jeune corrupteur
Qui vienne, en ses discours, attaquer ta pudeur ;
Sous ta fenêtre close aucun cri téméraire
N'interrompra jamais ton sommeil solitaire.
Là, tu devras aux prés, aux monts, à leurs troupeaux,
Au pauvre agriculteur des spectacles nouveaux.
Point de lubriques jeux, de temples où tu puisses
Troubler par tes propos les divins sacrifices,
Mais de forts bœufs traçant un pénible sillon,
Ou le cep s'abattant sous l'adroit vigneron.
Quelquefois, immolant un chevreau domestique,
Tu brûleras l'encens sur un autel rustique,
Et, simple en ton cothurne, en conduisant des chœurs
Tu seras à l'abri des hommes séducteurs.
Moi, je suivrai les pas de la chaste déesse ;
Vénus aura mes vœux, Diane ma tendresse.
L'animal des forêts tombera sous ma main ;
Je mettrai sa dépouille à la cime d'un pin ;
J'exciterai mes chiens ; cependant mon audace
Du sanglier, du lion, ne suivra pas la trace.
Mais je puis dans ces lieux où, dans ces belles eaux,
Le Clitumne blanchit la robe des taureaux,
Poursuivre de mes traits ou le lièvre timide,
Ou l'oiseau, dans les airs, de ma flèche rapide.
Si pourtant le désir aiguillonne tes sens,
Souviens-toi que j'arrive à tes appels pressants.
Toutefois les forêts, le ruisseau qui chemine
Mollement à travers la mousse et la colline,
N'entendront prononcer ton nom dans mon amour.
De crainte d'indiscrets prévenant mon retour.