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poésie 46LECTURES

À Cynthie IV

Si ta légèreté me portait à tout craindre,
J'ignorais qu'à ce point elle pourrait atteindre.
Tu me vois menacé des maux les plus affreux,
Et, froide, tu remets l'ordre dans tes cheveux,
Et sans que rien ne vienne assombrir ta figure,
Tu cherches les bijoux séant à ta parure ;
De riches diamants tu constelles ton sein,
Comme une jeune épouse au jour de son hymen.

En le voyant partir, non, Calypso muette
Ne quitte pas ainsi l'objet de sa conquête ;
Bien longtemps, attristée, elle le suit des yeux
Sur la mer, en pleurant, en un désordre affreux,
Et, sans aucun espoir de revoir son visage,
Son cœur de ses plaisirs lui retraçait l'image ;
La veuve d'Alcméon, dans un juste courroux,
Sacrifia son sang aux mânes d'un époux ;
Hypsipyle à Jason resta toujours fidèle ;
Les flots, en emportant le héros bien loin d'elle,
L'absence, rien ne put triompher de son cœur,
Et, triste, elle aima mieux mourir de sa langueur ;
Evadné, cet honneur des femmes de la Grèce,
Au bûcher d'un mari consuma sa tendresse.
Ces exemples en rien n'ont pu te convertir.
Tu ne veux point briller aux siècles à venir !...
Cesse d'avoir recours à de nouveaux parjures ;
Crains d'éveiller les dieux oubliant tes injures,
Cynthie ; ah ! crains qu'un jour de plus affreux malheurs
Sur le sort d'un amant ne t'arrachent des pleurs...
Que ton cœur n'ait pour moi point de haine profonde,
Et nul fleuve à la mer ne roulera son onde,
Et, de l'ordre établi renversant les raisons,
Le destin changera la marche des saisons,
Avant que tes beaux yeux qui trompèrent ma flamme
Perdant rien du pouvoir qui captive mon âme.

Tu disais : « Si je mens, qu'arrachés à mon front,
Ils tombent sous ta main pour venger ton affront ».
Et cependant tu vois le soleil qui t'éclaire,
Et, coupable, sans peur, tu fixes la lumière !
Qui donc te contraignait à changer de couleurs,
Et, toujours insensible, à répandre des pleurs ?

Que le mal qui me tue à l'amant trop fidèle
Apprenne à peu compter sur la foi d'une belle.