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poésie 50LECTURES

À Cynthie III

Se peut-il qu'oubliant nos nuits voluptueuses
Tu parcoures Baie et ces rives fameuses
Où d'Alcide les pieds s'ouvrirent un chemin !
Tu visites ces lieux que tenaient sous sa main
Le conquérant Thesprote, ou le cap de Misène.
Peux-tu de notre amour briser la douce chaîne ?
Par ses transports menteurs quelque rival pervers
M'envierait-il, dis-moi, la gloire de mes vers ?
Ah ! si du moins ta rame, à nos rives fidèles,
Sur le lac du Lucrin dirigeait ta nacelle,
Ou si ta main, fendant le calme de son eau,
En recouvrait ton corps comme d'un clair manteau !
Peut-être, d'un amant, femme à moitié vaincue,
Tu provoques l'ardeur, mollement étendue,
Comme on voit oublier les dieux et sa candeur
La pupille échappée aux yeux de son tuteur.

Mes plaintes, je le sais, rien ne les justifie ;
Mais en amour on tremble autant que pour sa vie.
Si ma lettre t'apporte une ombre de douleur,
Pardonne-moi ; la crainte avait troublé mon cœur.
Ah ! j'aime ma Cynthie à l'égal d'une mère,
Et seulement par toi l'existence m'est chère ;
Cynthie est ma patrie ; elle est, dans mes amours,
Mes parents, et ma joie, et la paix de mes jours,
Et je dois tour à tour ou bonheur ou tristesse
Aux rigueurs de Cynthie ou bien à sa tendresse.
Je t'en conjure, fuis ces pays séducteurs
Qui de nombreux amants provoquèrent les pleurs.
Périsse cette terre où les plus chastes femmes
Souillèrent leur amour dans des plaisirs infâmes !