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poésie 51LECTURES

À Cynthie, contre un rival

Je fus plus d'une fois ce qu'il est maintenant ;
Mais bientôt tu prendras, sans doute, un autre amant.

Quand elle eût pu choisir dans leur foule pressante,
Durant deux fois dix ans, Pénélope constante
Elude des amants l'ardeur qui la poursuit,
Détruisant son travail du jour pendant la nuit,
Et, sans espoir de voir l'objet de sa tendresse,
Fidèle, en son palais elle attend la vieillesse ;
Briséis en ses bras tient Achille expiré ;
Sa main caresse encor son front décoloré ;
Aux eaux du Simoïs cette triste captive
Lave un maître sanglant abattu sur la rive,
Et du plus grand héros les os sont recueillis
Par sa débile main, car Pélée et Thétis
Ainsi que Deidamie étaient loin. Sous les armes,
La Grèce à la pudeur trouvait alors des charmes.

Pour toi, pas une nuit et pas même un seul jour,
Parjure, tu ne peux chasser un fol amour.
Peut-être en une orgie, ivre, dans ton délire,
De mes feux et de moi tu te plais à médire.

Mais te voilà rendue à son perfide cœur,
Puisses-tu savourer un si rare bonheur !...
Ah ! sont-ce là les vœux qu'en des jours de tristesse
Je faisais, quand le Styx réclamait ma maîtresse,
Et qu'auprès de ton lit, nous répandions des pleurs !
Et, lui, fut-il sensible, ingrate, à tes douleurs ?
Qu'aurais-tu fait, dis-moi, si très longtemps la guerre
M'eût retenu dans l'Inde ou bien sur l'onde amère !

L'ouragan, de la mer creuse les profondeurs ;
Le Notus, des forêts agite les hauteurs ;
Le mensonge et la fraude ainsi que l'imposture
Sont l'art où de la femme excelle la nature.
Plus que la mer ses flots, leurs feuilles les forêts,
La femme, sans propos, change amours et projets.

Mais puisqu'ainsi le veut et l'ordonne Cynthie,
De vos flèches, Amours, exterminez ma vie.
A l'envi, sous vos traits, disposez de mon sort.
Vous trouverez, Amours, grand honneur dans ma mort.

Froid piquant du matin, astres, porte discrète,
A mon amour ardent qui t'entrouvrais muette,
Vous le savez, Cynthie avait seule mon cœur ;
Elle l'aura toujours, malgré haine et froideur.
Désormais en mon lit, sans aucune maîtresse,
Je reposerai seul, puisqu'elle me délaisse.
Mais si j'eus du respect pour eux, puissent les dieux
Faire de mon rival un marbre dans ses feux !

Les deux frères thébains s'occirent de colère,
Dans leur soif du pouvoir, sous les yeux de leur mère.
Sois ainsi devant nous, et, dans ce cas je veux
Le combattre avec rage et mourir sous tes yeux.