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poésie 109LECTURES

À Cynthie

Pourquoi couvrir ton chef d'ornements superflus,
Etaler à nos yeux de Cos les fins tissus,
Des parfums d'Orient charger ta tête chère,
Rechercher les produits d'une terre étrangère,
Ou bien enfin pourquoi d'un éclat emprunté
Dissimuler ainsi ta grâce et ta beauté ?
Le fard ne convient point à ta belle figure ;
L'Amour nu n'a besoin ni d'art ni de parure.
Vois le sol s'émailler de ses riantes fleurs,
Et le lierre étaler le vert de ses couleurs ;
L'arbousier est plus beau dans l'antre solitaire ;
Les courants à leurs eaux donnent libre carrière ;
Sans apprêts le rivage à nos yeux est brillant,
Et l'oiseau, pour charmer, n'a pas appris le chant.

Des enfants de Léda, les filles de Leucippe
Ne domptaient point les cœurs avec un tel principe.
Sur les bords paternels, d'Idas ni de Phébus
Ne triomphait ainsi la fille d'Evénus.
Une couleur, du vrai de tout point ennemie,
Fit-elle par Pélops ravir Hippodamie ?
Ce furent des attraits et des couleurs sans fard,
Comme en trouva jadis Apelle dans son art.
Pour vaincre des héros, ces beautés si parfaites
Sur l'unique pudeur basèrent leurs conquêtes.
Auprès de toi serai-je à ces noms inférieur ?
Pour qui t'aime il suffit de ta propre valeur.

C'est pour toi qu'Apollon dispose de sa lyre ;
Sur un rythme aonien Calliope t'inspire ;
Tu mets dans tes discours les charmes de Phébus ;
Minerve, pour t'orner, s'entend avec Vénus.
Riche de leurs faveurs, tu seras, ma Cynthie,
Loin d'un luxe importun, le bonheur de ma vie.