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poésie 76LECTURES

Le tournebroche

Du dîner j’aime fort la cloche,
Mais on la sonne en peu d’endroits ;
Plus qu’elle aussi le tournebroche
À nos hommages a des droits.
Combien d’ennemis il rapproche
Chez le prince et chez le bourgeois !
À son doux tic tac un jour les partis
Signeront la paix entre deux rôtis.

Qu’on reprenne sur la musique
Les querelles du temps passé ;
Que par l’Amphion italique
Le grand Mozart soit terrassé ;
Je ne tiens qu’au refrain bachique
Par le tourne-broche annoncé.
À son doux tic tac un jour les partis
Signeront la paix entre deux rôtis.

Lorsque la Fortune à sa roue
Attache mille ambitieux,
Les précipite dans la boue
Ou les élève jusqu’aux cieux,
C’est la broche, moi je l’avoue,
Dont la roue attire mes yeux.
À son doux tic tac un jour les partis
Signeront la paix entre deux rôtis.

Une montre, admirable ouvrage,
Des heures décrivant le cours,
Règle, sans en charmer l’usage,
Le cercle borné de nos jours ;
Le tournebroche a l’avantage
D’embellir des instants trop courts.
À son doux tic tac un jour les partis
Signeront la paix entre deux rôtis.

Ce meuble, suivant maint vieux conte,
A manqué seul à l’âge d’or ;
C’est l’amitié qui, pour son compte,
Dut en inventer le ressort.
Vivent ceux que sa main remonte !
Mais gloire à celui du trésor !
À son doux tic tac un jour les partis
Signeront la paix entre deux rôtis.