Temps de lecture
1
min
poésie 67LECTURES

Le malade

Un mal cuisant déchire ma poitrine,
Ma faible voix s’éteint dans les douleurs ;
Et tout renaît, et déjà l’aubépine
A vu l’abeille accourir à ses fleurs.
Dieu d’un sourire a béni la nature,
Dans leur splendeur les cieux vont éclater.
Reviens, ma voix, faible, mais douce et pure :
Il est encor de beaux jours à chanter.

Mon Esculape a renversé mon verre,
Plus de gaîté ! mon front se rembrunit ;
Mais vient l’Amour et le mois qu’il préfère :
Déja l’oiseau butine pour son nid.
Des voluptés le torrent va s’épandre
Sur l’univers qui semblait végéter.
Reviens, ma voix, faible, mais toujours tendre :
Il est encor des plaisirs à chanter.

Pour mon pays que de chansons encore !
D’un lâche oubli vengeons les trois couleurs ;
De nouveaux noms la France se décore ;
À l’aigle éteint nous redevons des pleurs.
Que de périls la tribune orageuse
Offre aux vertus qui l’osent affronter !
Reviens, ma voix, faible, mais courageuse :
Il est encor des gloires à chanter.

Puis j’entrevois la liberté bannie ;
Elle revient : despotes, à genoux !
Pour l’étouffer en vain la tyrannie
Fait signe au Nord de déborder sur nous.
L’ours effrayé regagne sa tanière,
Loin du soleil qu’il voulait disputer.
Reviens, ma voix, faible, mais libre et fière :
Il est encore un triomphe à chanter.

Que dis-je ? hélas ! oui, la terre s’éveille,
Belle et parée, au souffle du printemps.
Mais dans nos cœurs le courage sommeille ;
Chargé de fers, chacun se dit : J’attends !
La Grèce expire, et l’Europe est tremblante ;
Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter.
Reviens, ma voix, faible, mais consolante :
Il est encor des martyrs à chanter.