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Épitaphe de Claudia Homonéa, épouse d'Atimetus

Voyageur qui poursuis tranquillement ta route, arrête un instant, je te prie, et lis ce peu de mots :

HOMONÉA.
Moi, cette même Homonéa qui se vit préférée aux jeunes filles les plus illustres ; moi qui reçus de Vénus la beauté, et des Grâces le talent de plaire ; moi qui fus instruite dans tous les arts par la docte Pallas ; je suis maintenant renfermée dans l’étroit espace de ce tombeau. Et, cependant, à peine quatre lustres composaient mon âge, lorsque le destin jaloux étendit sur moi sa fatale main. J’en gémis, non pas pour moi, mais pour Atimetus, mon époux, dont la douleur est pour moi plus triste que la mort même.
ATIMETUS.
Si le sort cruel consentait à faire l’échange de nos âmes, et que ton existence pût être rachetée par la mienne, quel que soit le peu de jours qu’il me reste à vivre, j’en eusse volontiers fait le sacrifice pour toi, ô ma chère Homonéa ! Hélas ! tout ce que je puis faire, c’est d’abandonner la lumière céleste, et, par une prompte mort, de te rejoindre bientôt sur les rives du Styx.
HOMONÉA.
Cesse, ô mon époux ! de flétrir ta jeunesse par la douleur, et de provoquer la mort par tes regrets ! Les larmes sont inutiles ; elles ne peuvent émouvoir le destin. J’ai vécu : c’est le sort commun de tous les mortels. Cesse tes plaintes. Puisses-tu ne jamais éprouver encore une semblable douleur ! puisse le ciel couronner tous tes vœux ! puisse-t-il ajouter à ton existence tout ce qu’une mort prématurée a retranché de jours à ma jeunesse !
ATIMETUS.
Que la terre te soit légère, ô femme si digne de vivre, et de jouir longtemps des biens dont la nature t’avait comblée !