Mont-Blanc

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Mort jeune, comme la plupart des poètes romantiques anglais, il mène une vie frénétique parsemée d'écrits révolutionnaires qui attirent l'attention du gouvernement et lui valent quelques  [+]

I

L'éternel univers des Choses coule à travers l'Esprit, et roule ses rapides vagues, tantôt obscures – tantôt étincelantes – tantôt réfléchissant l'ombre – tantôt renvoyant la splendeur, où des secrets réservoirs la source de l'humaine pensée apporte le tribut de ses eaux, – avec un bruit qui n'est qu'à moitié le sien, semblable à celui qu'un faible ruisseau essaye de faire entendre dans les bois sauvages, au milieu des montagnes solitaires, où les chutes d'eau autour de lui bondissent éternellement, où les bois et les vents se font la guerre, et où une vaste lumière, sur ses rocs, sans repos éclate et délire.



II

Il en est ainsi de toi, Ravine de l'Arve – noire, profonde Ravine – toi, vallée aux mille nuances, aux mille voix ! Sur tes pins, tes rocs et tes cavernes voguent les rapides ombres des nuages et less rayons du soleil ; formidable scène, où la Force de la Nature, sous la forme de l'Arve, descend des gouffres de glace qui ceignent son trône secret, éclatant à travers ces sombres montagnes comme la flamme de l'éclair à travers la tempête ! Ainsi tu t'étends, avec ta progéniture géante de pins qui se cramponnent autour de toi, enfants d'un âge plus reculé, pour l'amour desquels les vents déchaînés viennent toujours et sont toujours venus boire leurs odeurs et entendre leur puissant balancement, une vieille et solennelle harmonie !... Tes arcs-en-ciel terrestres, tendus en travers de la traînée de l'aérienne cascade, dont le voile revêt quelque image non sculptée... L'étrange sommeil qui, à l'heure où tombent les voix de ce désert enveloppe tout de sa profonde éternité... Tes cavernes renvoyant à la commotion de l'Arve l'écho d'un bruit retentissant et solitaire qu'aucun autre bruit ne saurait vaincre !... Tu es pénétrée de ce mouvement qui ne cesse jamais, tu es le chemin de ce bruit sans repos, Ravine vertigineuse ! Et quand je te regarde, il me semble, comme dans une extase étrange et sublime, rêver sur une création personnelle de ma propre fantaisie, de mon propre Esprit, mon Esprit humain, qui passivement, pendant que je te contemple, reçoit et rend de rapides influences, entretenant un incessant échange avec le lumineux univers des Choses qui m'entourent ; une légion de fantastiques pensées, dont les ailes errantes tantôt flottent au-dessus de tes ténèbres, et tantôt s'arrêtent où cet univers et toi êtes des hôtes attendus, dans la caverne silencieuse de la Magicienne Poésie, – cherchant, parmi les ombres qui passent, fantômes de toutes les choses qui sont, quelque ombre, quelque fantôme, quelque faible image de toi-même. Jusqu'à ce que le sein d'où ces fantômes se sont enfuis les rappelle, tu es là !

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