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Sur son amie devenue parjure

Croirai-je encore aux Dieux ? Ma maîtresse est parjure
Et reste belle comme avant.
Sage, de longs cheveux baisaient son col mouvant ;
Folle, elle a même chevelure.
Les roses coloraient la neige de son teint ;
Ce teint de roses se colore.
Son pied était petit, il est mignon encore :
Toujours un port svelte et hautain.
Ses yeux, astres brillants qui m’égaraient sans cesse,
Lancent d’aussi charmants regards.
Mais aux femmes les Dieux pardonnent leurs écarts ;
La beauté s’érige en déesse !

Naguère, il m’en souvient, elle attestait nos yeux :
Depuis, les miens versent des larmes.
Dites, si son front brave impunément vos armes,
Dois-je souffrir pour elle, ô Dieux ?
Cassiope pourtant sur sa fille innocente
Vous vit punir sa vanité.
C’est peu que j’aie en vous des témoins sans fierté,
Que de vous, de moi, l’on plaisante :
D’un tel parjure il faut que m’écrase le poids,
Tout ensemble dupe et victime !
Ou la divinité n’est qu’un nom, une frime,
Pour exploiter des villageois,
Ou si quelque dieu règne, il n’aime que les belles
Et leur dit trop de tout oser.
Nous, de son glaive affreux Mars nous vient inciser ;
Nous, Pallas nous traite en rebelles ;
Nous, Phébus nous abat de ses traits souverains,
Jupiter, de sa haute foudre :
Elles seules, les dieux accourent les absoudre ;
Ils les craignent, n’en étant craints.
Et l’on veut que l’encens dans leurs beaux temples fume ?
Hommes, non, ayons plus de cœur !
Zeus brûle bois et murs de son carreau vainqueur ;
Nulle traîtresse il ne consume.
Quand mille l’outrageaient, seule meurt Sémélé.
Qui la perdit ? Sa complaisance.
Du père de Bacchus qu’elle eût fui la présence,
Sa cuisse, à lui, n’eût pas enflé.
Mais pourquoi dénigrer tout l’Olympe en l’affaire ?
On a là-haut un cœur, des yeux.
Si j’étais Dieu moi-même, au sexe gracieux
Je permettrais de me refaire.
Et ma bouche appuierait tout féminin serment :
Je serais dit un dieu bonhomme.
Toi, belle, du champ libre abuse moins, en somme,
Ou respecte mon œil d’amant.