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Ovide renonce à l'Épopée, pour écrire ses amours

J’allais chanter les camps et Bellone en furie,
Sur le grand rythme qui lui sied.
Mes vers marchaient égaux : d’un air de moquerie,
L’Amour, dit-on, leur prit un pied.
Enfant, qui t’a permis cette atteinte à ma verve ?
Aux Muses seules j’appartiens.
Voit-on Vénus saisir la lance de Minerve,
Pallas les torches que tu tiens ?
Cérès, sur les coteaux, préside-t-elle aux chasses,
Dans les champs, Diane aux moissons ?
Apollon revêt-il les pesantes cuirasses,
Tandis que Mars danse aux chansons ?
Ambitieux, trop vaste est déjà ton empire ;
Pourquoi plus loin porter ta loi ?
Es-tu maître du Pinde ? et Phébus de sa lyre
Doit-il se voir frustré par toi. ?
À peine un-noble vers ouvre-t-il mon poème
Que tu suspends son vol heureux.
Pour des accents plus doux personne, hélas ! que j’aime,
Garçon ou vierge aux longs cheveux !
Je me plaignais... soudain, dans son carquois qu’il vide,
Cupidon cherche un trait vainqueur,
Bande l’arc, puis m’ajuste en s’écriant : « Ovide,
Voilà de quoi toucher ton cœur ! »
Malheur ! il a percé d’une flèche, qui brûle,
Ce cœur trop froid jusqu’à ce jour.
Adieu donc, chants guerriers. Que mon vers se formule
En six et cinq pieds tour à tour :
Toi, ceins ton front de myrte, ô ma Muse, et module
Ce nombre impair que veut l’Amour !