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poésie 83LECTURES

Ovide cherche à détourner Corinne d'un voyage par mer à Baïa

C’est le premier vaisseau, ce fils du Pélion,
Qui sur la vague exaspérée
Traça, bravant l’écueil, un dangereux sillon,
Pour ravir la Toison dorée.
Plût au ciel que l’Argo, sombrant au gouffre amer,
Eût fermé la route marine !
Voici qu’abandonnant ses dieux, son lit si cher,
Sur l’onde folle va Corinne...
Donc, je craindrai pour toi l’Eurus et le Zéphyr,
Le chaud Notas, le froid Borée !
Tu n’auras nuls bosquets, nulle ville où courir :
Rien que Téthys, bleue et madrée.
La haute mer n’a point nacres, riches cailloux ;
À la rive elle s’en décharge.
Tendrons, le seul rivage est fait pour vos pieds doux :
La paix est là, l’horreur au large.

Que d’autres des Autans vous disent les combats,
Scylla, Charybde, rocs terribles,
Les monte Cérauniens, pourvoyeurs du trépas,
Malée et les Syrtes horribles.
À d’autres, oui, ce soin : par vous que tout soit cru ;
Point n’est s’exposer que de croire.
Mais tard on touche au sol, quand le câble est rompu,
Que la nef vogue, aléatoire.
Le nocher inquiet craint les vents insensés ;
Il voit la mort près comme l’onde.
Ah ! que deviendras-tu, les flots bouleversés ?
Alors quelle pâleur profonde !
Tu t’écrieras, priant et Pollux et Castor :
« Heureuse qui la terre embrasse ! »
C’est qu’à terre il vaut mieux dormir, ou lire encor,
Ou bien pincer d’un luth de Thrace.

Mais si l’orage emporte au loin mes vains avis,
Défends sa voile, ô Galatée.
Néréides, si meurt celle par qui je vis,
Malheur à vous comme à Nérée !
Pars, en songeant à moi, rentre au premier bon vent ;
Qu’il pousse plus fort ton navire.
Grand Nérée, en ces lieux penche ton sein mouvant ;
Monte ici, flux ; à nous, Zéphyre !
Implore-le toi-même, afin qu’il souffle en plein ;
De tes mains aide au fils d’Éole.
Avant tous j’aurai vu, moi, ton flottant sapin :
« Sur lui, dirai-je, est mon idole. »
Mes bras te recevront, je prendrai cent baisers,
Tuerai la victime promise ;
Puis, en forme de lit les sables disposés,
La table en un tertre ira mise.

Là, tu me dépeindras tes hauts faits, coupe en main,
Ton bâtiment qui presque sombre.
Ajoute que, vers moi reprenant ton chemin,
Tu défiais vents et nuit sombre.
J’admettrai tous propos, encor que mensongers ;
Pourquoi non ? mon cœur les souhaite.
Puisse l’astre du jour, d’un ciel pur, sans dangers,
M’amener vite cette fête !