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La convalescence

À quoi sert d’exempter les femmes des batailles,
Des marches, du lourd bouclier,
Si leurs mains, loin de Mars cherchant des funérailles,
S’en vont en pièces les tailler ?
Des noirs avortements l’inventrice coquette,
La Parque aurait dû s’en saisir.
Quoi donc ! pour s’épargner quelque ride secrète,
Ravager le champ du plaisir !
Que de même eussent fait nos primitives mères,
Adieu l’humaine légion :
Pour repeupler le monde, en y semant des pierres,
Il eût fallu Deucalion.

Comment vaincre Priam, si des eaux la déesse
Eût dans son sein frappé son fruit ?
Ilia supprimant une double grossesse,
Rome, ton père était détruit.
Si dans ses flancs Vénus eût fait mourir Énée,
Ce globe manquait de Césars.
Toi-même aurais péri, belle, au lieu d’être née,
Ta mère adoptant ces écarts.
Et moi qu’Amour tuera, si la mienne avant terme
M’eût chassé, quels étaient mes jours ?
Dans la grappe attendez l’espoir qu’elle renferme,
Dans les fruits les derniers contours.
Mûrs, ils tomberont seuls ; verts, laissez venir l’âge.
La vie exige ses saisons.
Femmes, pourquoi fouiller vos flancs d’un fer sauvage, ,
Couvrir nos germes de poisons ?
De Colchos on maudit la mère infanticide ;.
On plaint Itys qu’abat Progné :
Mais au meurtre du moins, là, chaque époux décide,
Par sa faute, un cœur indigné.
Vous quel est le Térée ou le Jason parjure
Qui vous pousse à de tels forfaits ?
Jamais une tigresse ainsi ne se torture,
Et la lionne porte en paix.
À de tendres beautés cet art, d’ailleurs critique !
Souvent la mère suit l’enfant ;
Mourante, échevelée, on l’emmène au portique’:
« Bien fait ! » dit-on, en la voyant.
Mais qu’aux plaines de l’air se perdent mes paroles ;
Que mes présages restent vains !
Oubliez un premier crime, Dieux bénévoles :
Au second seul, fermez vos mains.