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poésie 73LECTURES

Contre un jaloux qui enfermait sa femme

Un gardien à ta femme ? Homme dur, quelle erreur !
La vertu, c’est l’unique garde.
Chaste, on ne l’est jamais quand on l’est par terreur ;
Pudeur forcée à fuir ne tarde.
Le corps restera pur, mais le cœur est souillé ;
Il n’admet point de folle entrave.
Le cœur ne saurait être enchaîné, verrouillé.
Vos murs, l’adultère les brave.
Qui peut pécher – souvent, pèche moins : le pouvoir
De mal faire en ôte l’envie.
Ne pousse plus au vice en voulant le prévoir ;
L’indulgence à sa marche obvie.

Hier je vis un coursier, rebelle au mors, partir
Comme la foudre, dans l’arène.
Docile il s’arrêta, dès qu’il vint à sentir
Sur ses longs crins flotter la rêne.
Un fruit prohibé tente, on poursuit qui dit non :
Tel le fiévreux vers l’eau s’élance.
Argus avait cent yeux ; seul, pourtant Cupidon
Trompa longtemps leur surveillance.
Danaé, dans sa tour et de roc et d’airain,
Vierge d’abord fut mère ensuite ;
Mais, quoique non captive, à des amants sans frein
Pénélope échappe inséduite.

Tout bien caché stimule, appelle de bons coups ;
Aux ébats permis peu se livrent.
Ta femme ne nous plaît que par tes feux d’époux ;
L’on rêve aux appas qui t’enivrent.
Qu’une recluse soit infidèle, – tant mieux !
Le péril me double ses charmes.
Fulmine, à ton gré : j’aime un plaisir épineux,
J’aime un sein palpitant d’alarmes.
Cependant la Romaine existe libre en droit.
Aux étrangères l’esclavage !
Veux-tu que son gardien s’écrie : « On me le doit » ?
Soit ! sa sagesse est son ouvrage...

Par trop sots les maris d’un adultère émus !
C’est peu connaître la folie
D’une ville où sont nés Romulus et Rémus
Du crime de Mars et d’Ilie.
Si tu la voulais chaste, eh ! pourquoi belle encor ?
Vertu, beauté jurent ensemble.
Tolère, par calcul, montre un air plus accort ;
Abdique un droit dont elle tremble.
Et cultive le tas de ses fervents amis ;
La vogue ainsi s’obtient sans peine :
Aux folâtres banquets ton couvert sera mis,
D’or ta demeure sera pleine.