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poésie 104LECTURES

À Macer : il se justifie de se livrer tout entier à ses chants érotiques

Tandis qu’en vers tu peins Achille sous sa tente,
Et les Ajax et les Nestor,
Macer, je reste aux pieds de Vénus indolente ;
L’Amour amollit mon essor.
Souvent j’ai dit : « Assez ! » et « Pars ! » à ma maîtresse,
Lors elle a fui... sur mes genoux.
« J’ai honte, » ai-je encor dit ; mais elle, avec détresse :
« Quoi ! rougir de nos feux si doux ? »
Et, ses bras m’enlaçant, sa bouche, pour ma perte,
M’a prodigué mille baisers.
Je suis vaincu, mon luth des jeux de Mars déserte ;
Je chante les miens plus aisés.

Pourtant j’ai manié le sceptre, et Melpomène
M’assurait les bravos romains :
Cupidon a raillé mes cothurnes, ma veine,
Et ce sceptre en de jeunes mains.
Ma belle, impérieuse, à son tour me l’arrache,
Et l’Amour bat le chantre altier.
À polir ses leçons se borne donc ma tâche :
Las ! j’y succombe le premier.

Ou j’écris les propos d’une épouse d’élite,
Ou je peins, Phyllis, ton émoi ;
L’ingrat Jason, Pâris, Macarée, Hippolyte,
Thésée, ont des lettres de moi.
D’Élise, au glaive nu, je retrace les plaintes
Et de Sapho les brûlants vers.
Que, grâce à mon Sabine, ô réponses, vous vîntes
Promptement de lieux si divers !
La chaste Pénélope a lu le sage Ulysse ;
Phèdre, son beau-fils pudibond.
Énée a de sa reine ajourné le supplice :
Phyllis vit-elle ? on lui répond.
Hypsipyle a reçu de Jason l’adieu triste ;
Gloire à Phébus ! redit Sapho.
Et toi, Macer, de Mars tout en suivant la piste,
Amour te prête son flambeau.
Dans tes vers sont entrés Paris, la folle Hélène,
Laodamie aimant si bien....
À mon avis, Cythère est aussi ton domaine :
Tu vas de ton camp dans le mien.