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poésie 79LECTURES

À l'anneau qu'il envoyait à sa maîtresse

Anneau, que je destine à ma belle maîtresse,
Toi dont l’amour fait le seul prix,
Pars en digne cadeau : t’accueillant d’un souris,
Qu’à te porter elle s’empresse.
Comme elle me convient sache lui convenir,
Doucement serre son doigt frêle.
Heureux anneau, tu vas être touché par elle :
J’envie, hélas ! ton avenir.
Oh ! puissé-je d’Éa posséder l’art magique,
Pour me changer en toi soudain !
Mon vœu serait qu’alors, visitant son beau sein,
Sa main errât sous sa tunique.
Quoique captif, j’irais, m’élargissant un peu,
Tomber dans ces roses retraites.
Quand il faudrait sceller ses furtives tablettes,
De peur d’ôter la cire en feu,
Ma pierre effleurerait d’abord sa lèvre humide...
Sauf pour un parjure billet.
Point ne voudrais sortir, si l’écrin m’appelait ;
Je restreindrais mon cercle avide.

Que je ne sois jamais, ô ma vie, un fardeau,
Une tache à ta main d’ivoire.
Porte-moi, sous le flot de la tiède baignoire,
Sous les perles du frais ruisseau.
Peut-être te voir nue éveillera mon être ;
L’anneau redeviendra l’amant.
Mais quel rêve insensé ! Pars, léger ornement ;
Peins-lui l’ardeur qu’elle a fait naître.