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poésie 211LECTURES

Sérénade

Le vent d'occident souffle fort à travers la sombre
mer Égée, et au pied du secret escalier de marbre, ma
galère tyrienne t'attend. Descends, la voile de
pourpre est déployée. Le veilleur dort dans la
ville. Oh ! quitte ton lit brodé de fleurs de lys, ô
ma Dame, descends, descends.
Elle ne viendra pas, je la connais bien ; elle n'a
aucun souci des vœux d'un amant, et un homme
n'aurait guère de bien à dire d'une créature si
cruelle et si belle. Le véritable amour n'est qu'un
joujou de femme ; elle n'ont jamais connu la douleur
d'un amant, et moi qui aimais autant qu'aimé un
jeune homme, il faut que j'aime en vain, que j'aime
en vain.
Ô noble pilote, dis-moi la vérité. Est-ce là le
brillant d'une chevelure dorée, ou n'est-ce que le
réseau de la rosée dans ces fleurs de la passion que
voici ? Bon marin, viens et dis-moi maintenant:
est-ce là la main de ma Dame ? ou n'est-ce que le reflet
de la proue, où n'est-ce encore que le sable
argenté.
Non, non, ce n'est point le réseau de la rosée, ce
n'est point le sable bordé d'argent, c'est vraiment
ma chère Dame, avec sa chevelure d'or et sa main
de lys. Ô noble pilote, gouverne du côté de Troie
Bon marin, joue de la lourde rame. C'est la Reine
de vie et de joie que nous devons enlever au rivage
grec.
Le ciel décoloré prend une teinte vaguement
bleue ; une heure encore, et il fera jour. À bord ! à
bord ! mon vaillant équipage. Ô ma Dame, fuyons !
fuyons ! Ô noble Pilote, tourne la proue vers Troie.
Bon matelot, joue activement de la lourde rame. Ô
toi que j'aime comme n'aime qu'un jeune homme,
ô toi que j'aimerai d'un amour éternel.