Temps de lecture
1
min
nouvelle 116LECTURES

Sismé

Celle que tu vois ici desséchée se nommait Sismé, fille de Thratta. Elle connut d’abord les abeilles et les brebis ; puis elle goûta le sel de la mer ; enfin, un marchand la mena dans les maisons blanches de Syrie.

Maintenant elle est serrée comme une statuette précieuse dans sa gaîne de pierre. Compte les anneaux qui brillent à ses doigts : elle eut autant d’années. Regarde le bandeau qui étreint son front : là elle reçut timidement son premier baiser d’amour. Touche l’étoile de rubis pâles qui dort où furent ses seins : là reposa une tête chère.

Près de Sismé on a mis son miroir terni, ses osselets d’argent, et les grandes épingles d’électron qui traversaient ses cheveux ; car, au bout de vingt années (il y a vingt anneaux), elle fut couverte de trésors. Un riche suffète lui donna tout ce que les femmes désirent. Sismé ne l’oublie point, et ses petits ossements blancs ne repoussent pas les bijoux.

Or le suffète lui construisit ce sépulcre orné pour protéger sa mort tendre, et l’entoura de vases à parfums et de lacrymatoires d’or. Sismé le remercie. Mais toi, si tu veux connaître le secret d’un cœur embaumé, desserre les phalangettes de cette main gauche : tu y trouveras une simple petite bague de verre. Cette bague fut transparente ; elle est depuis des années fumeuse et obscure. Sismé l’aime. Tais-toi et comprends.