Temps de lecture
1
min
nouvelle 43LECTURES

Les trois courses

Les figuiers ont laissé tomber leurs figues et les oliviers leurs olives ; car il est arrivé une étrange chose dans l’île de Skyra. Une jeune fille fuyait, poursuivie par un jeune homme. Elle avait relevé le pan de sa tunique et on voyait le bord de son caleçon de gaze. Comme elle courait, elle laissa tomber un petit miroir d’argent. Le jeune homme releva le miroir et s’y mira ; il contempla ses yeux emplis de sagesse, aima leur raison, cessa sa poursuite et s’assit sur le sable.

Et la jeune fille commença de nouveau à fuir, poursuivie par un homme dans la force de l’âge. Elle avait relevé le bas de sa tunique et ses cuisses étaient semblables à la chair d’un fruit. Dans sa course, une pomme d’or roula de son giron. Et celui qui la poursuivait releva la pomme d’or, la cacha sous sa tunique, l’adora, cessa sa poursuite et s’assit sur le sable.

Et la jeune fille s’enfuit encore ; mais ses pas étaient moins rapides. Car elle était poursuivie par un vieillard chancelant. Elle avait baissé sa tunique, et ses chevilles étaient enveloppées d’étoffe diaprée. Mais, tandis qu’elle courait, l’étrange chose arriva : car un à un ses seins se détachèrent, et tombèrent sur le sol, comme des nèfles mûres. Le vieillard les huma tous deux ; et la jeune fille, avant de s’élancer dans la rivière qui traverse l’île de Skyra, poussa deux cris d’horreur et de regret.