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De la Famille et de la Maison, de la Société, de la Conversation, de la Politesse et des Manières

I.
Il faut donner la souveraineté domestique aux pères sur les enfants, aux maîtres sur les apprentis, et aux vieillards sur la jeunesse.

II.
Dans un état bien ordonné, les rois commandent à des rois, c’est-à-dire à des pères de famille, maîtres chez eux, et qui gouvernent leur maison. Que si quelqu’un gouverne mal la sienne, c’est un grand mal sans doute, mais beaucoup moindre que s’il ne la gouvernait point.

III.
Gouverner sa maison, c’est être vraiment citoyen, c’est véritablement prendre part au gouvernement général de la cité, en exercer les plus beaux droits, et en rendre la marche plus facile. Chaque chef de famille devrait être pontife et roi dans sa maison.
Peu d’hommes sont dignes d’être chefs de famille, et peu de familles sont capables d’avoir un chef.
Tout ce que le père de famille dit aux siens doit inspirer l’amour ou la crainte.
La sévérité rend les parents plus tendres.
On aime ceux dont on est craint d’une crainte respectueuse.
Il est une classe de la société où les enfants pieux ne savent pas que leurs parents sont mortels. Ils n’ont jamais osé y penser.
Les malédictions des pères abrégent la vie ; celles des mères donnent la mort. Il faut ne choisir pour épouse que la femme qu’on choisirait pour ami, si elle était homme.
Rien ne fait autant d’honneur à une femme que sa patience, et rien ne lui en fait aussi peu que la patience de son mari.
Le triomphe des femmes n’est pas de lasser et de vaincre leurs persécuteurs, mais de les amollir et de faire tomber leurs armes.
De l’indissolubilité seule du mariage peut naître pour les femmes une communauté réelle des dignités de leurs époux, et de là, la considération extérieure, les honneurs et les respects.
On n’est, avec dignité, épouse et veuve qu’une fois.
Le divorce déplaît même dans les oiseaux.
Buffon a diffamé les tourterelles. Les enfants ne sont bien soignés que par leurs mères, et les hommes que par leurs femmes.
Il est de bonnes qualités qui ne se transmettent pas, ou qui n’entrent pas dans le cours de l’hérédité. Ce qui est délicat s’évapore. Le fils d’un homme grave et robuste est ordinairement un homme sensé ; le fils d’un homme d’esprit est rarement homme d’esprit.
Les cadets sont en général les plus beaux ; leur moulage est plus net et plus sûr.
Nos pères trouvaient leurs plaisirs dans leur famille, leur instruction dans les temples, leurs amusements dans leur bibliothèque, et leurs délassements chez leurs voisins.
L’usage du lit, quand on y est seul, est pour la sagesse : « il faut, dit Pythagore, se faire un temple de son lit. » la table est une espèce d’autel qu’il faut parer les jours de fête et les jours de festin.
Dans les festins, il suffit d’être joyeux pour être aimable.
Les repas du soir sont la joie de la journée ; les festins du matin sont une débauche. Je hais les chants du déjeuner.
Ni pour son plaisir ni pour le nôtre il ne faut avoir pour commensal habituel un excellent convive ; il nous blase et nous le blasons.
Il y a dans la sobriété de la propreté et de l’élégance.
On n’aime pas la tempérance où la vertu n’entre pour rien. Un peu de tout, rien à souhait : grand moyen d’être modéré, d’être sage, d’être content.
Ayez soin qu’il manque toujours dans votre maison quelque chose dont la privation ne vous soit pas trop pénible, et dont le désir vous soit agréable. Il faut se maintenir en tel état qu’on ne puisse être jamais ni rassasié ni insatiable.
L’attention qu’on donne à la maison et aux meubles distrait du maître, comme le temple distrait du dieu.
« il n’est pas honnête de contredire les gens « dans leur maison », dit le conte. Chaque homme a le droit d’y être maître absolu, d’y vivre en roi, et d’y être heureux, même par son amour-propre. C’est là qu’il est comme permis à ses infirmités et à ses défauts d’être à l’aise. Il est chez lui : quiconque y vient, entre dans un empire étranger. Ce sont de tels priviléges qui, chez les peuples civilisés, rendent la vie domestique délicieuse, et préférable à toutes les indépendances de l’homme brut et isolé. Cette vie, au surplus, a des devoirs qui imposent perpétuellement le sacrifice de ces droits. Mais l’abandon qu’on en fait est volontaire, généreux, honorable ; il devient ainsi une possession, une jouissance et un bien de plus.
Il faut porter son velours en dedans, c’est-à-dire montrer son amabilité de préférence à ceux avec qui l’on vit chez soi.
L’aménité, le bon accueil sont un billet d’invitation qui circule toute l’année.
Voir le monde, c’est juger les juges.
On est dispensé d’être instrument dans la société, quand on y est modèle.
épurer son goût, en écumant son esprit, est un des avantages de la bonne compagnie et de la société des lettres, à Paris. Les idées médiocres s’y dépensent en conversation ; on garde les exquises pour les écrire.
Que de choses on dit de bonne foi, en discourant sur un sujet, qu’on ne penserait pas, si l’on se bornait à le connaître, sans en parler ! L’esprit s’échauffe, et sa chaleur produit ce qu’il ne tirerait pas de sa lumière. Parler est une source d’erreurs, mais peut-être aussi de quelques vérités. La parole a des ailes ; elle porte où l’on n’irait pas.
On ne doit mettre dans un livre que la dose d’esprit qu’il faut ; mais on peut en avoir, dans la conversation, plus qu’il ne faut.
Quand l’abus de l’esprit est un badinage, il plaît ; quand il est sérieux, il déplaît.
Dans la conversation, on affuble vite sa pensée du premier mot qui se présente, et l’on marche en avant.
On se contente, dans la conversation, de signaler, d’étiqueter les choses par leur nom, sans se donner le temps d’en avoir l’idée.
C’est un grand désavantage, dans la dispute, d’être attentif à la faiblesse de ses raisons, et attentif à la force des raisons des autres ; mais il est beau de périr ainsi.
Le but de la dispute ou de la discussion ne doit pas être la victoire, mais l’amélioration.
Ce n’est jamais l’opinion des autres qui nous déplaît, mais la volonté qu’ils ont quelquefois de nous y soumettre, lorsque nous ne le voulons pas.
Le plaisir de plaire est légitime, et le désir de dominer choquant. La contradiction ne nous irrite que parce qu’elle trouble la paisible possession où nous sommes de quelque opinion ou de quelque prééminence. Voilà pourquoi les faibles s’en irritent plus que les forts, et les infirmes plus que les sains.
On peut convaincre les autres par ses propres raisons ; mais on ne les persuade que par les leurs.
Une bonne raison, pour se faire comprendre, n’a jamais besoin que d’un mot, si on la sait bien.
Souvent une raison est bonne, non comme concluante, mais comme dramatique, parce qu’elle a le caractère de celui qui l’allègue, et qu’elle naît de son propre fonds ; car il y a des arguments ex homine, comme il en est ad hominem.
c’est presque toujours avec les difficultés
qui naissent de ses idées, et non avec celles qui naissent des choses, que l’homme est aux prises, dans les discussions dont il tourmente son esprit et l’esprit des autres.
Il faut se piquer d’être raisonnable, mais non pas d’avoir raison ; de sincérité, et non pas d’infaillibilité.
La franchise est une qualité naturelle, et la véracité constante, une vertu.
Bonne dans l’exécution, la circonspection nuit aux affaires dans les conseils, et ne sert qu’à celui qui l’a. C’est la sincérité qu’il faut dans les délibérations. Elle ouvre de nouvelles voies aux recherches ; elle promène l’esprit sur plus de points ; elle multiplie les unités dans la quantité d’expédients soumis aux délibérations ; enfin, elle aide aux heureux résultats ; car, pour bien choisir, il vaut mieux choisir entre mille qu’entre deux.
On ne peut s’expliquer franchement qu’avec l’espoir d’être entendu, et l’on ne peut espérer d’être entendu que par les gens qui sont moitié de notre avis.
Quelqu’un a dit plaisamment : « quand on « est parvenu à s’entendre, on ne sait plus « que se dire. » oui ; mais on est tenté de se quitter et de se fuir, quand on ne s’entend pas.
Il faut savoir entrer dans les idées des autres et savoir en sortir, comme il faut savoir sortir des siennes et y rentrer.
Certaines gens, quand ils entrent dans nos idées, semblent entrer dans une hutte.
Que peut-on faire entrer dans un esprit qui est plein, et plein de lui-même ? L’huile coulant sur le marbre offre l’image d’un caractère impénétrable aux douceurs de la persuasion. On est pressé dans la vie, et ces caractères décidés, tout faibles qu’ils sont en secret, ressemblent à ces bornes qu’on aime mieux tourner que franchir, quand on les rencontre sur son chemin ; au lieu d’assiéger leurs opinions dans les règles, on les bloque, ou l’on s’en détourne.
Les esprits intraitables s’exposent à être flattés. On cherche naturellement à désarmer ceux qu’on ne peut pas vaincre, et qu’on ne veut pas combattre.
De toutes les monotonies, celle de l’assertion est la pire.
Il faut toujours avoir dans la tête un coin ouvert et libre, pour y donner une place aux opinions de ses amis, et les y loger en passant.
Il devient réellement insupportable de converser avec des hommes qui n’ont, dans le cerveau, que des cases où tout est pris, et où rien d’extérieur ne peut entrer. Ayons le cœur et l’esprit hospitaliers. écrire serait cent fois moins pénible que converser avec ces gens qui sont perpétuellement occupés à passer la pierre ponce sur tout ce que vous pensez, et sur tout ce que vous dites ; ils vous font mal. Avec eux, on ne peut se délasser ; il faut joûter, ferrailler, combattre. La contrainte qu’ils vous imposent, sans but et sans nécessité, est le plus insupportable inconvénient de toutes les dépendances.
L’attention de celui qui écoute sert d’accompagnement, dans la musique du discours.
Il faut porter en soi cette indulgence et cette attention qui font fleurir les pensées d’autrui.
Tout genre d’esprit qui exclut de notre caractère la complaisance, l’indulgence, la condescendance, la facilité de vivre et de converser avec les autres, de les rendre contents de nous et contents d’eux-mêmes, en un mot d’être aimable et d’être aimant, est un mauvais genre d’esprit. Un entendement doux est patient ; il cherche à comprendre avec lenteur, se prête à se laisser convaincre, évite de s’opiniâtrer, aime mieux s’éclairer que dominer.
Il vaut mieux se faire agréer que de se faire valoir.
Il est des entretiens où l’âme ni le corps n’ont de part. J’appelle ainsi ces conversations où personne ne parle du fond de son cœur, ni du fond de son humeur ; où il n’y a ni abandon, ni gaieté, ni épanchement, ni jeu ; où l’on ne trouve ni mouvement ni repos, ni distraction ni soulagement, ni recueillement ni dissipation ; enfin, où l’on n’a rien donné et rien reçu, ce qui n’est pas un vrai commerce.
Dans la société, on parle de ce qu’on effleure ; mais dans l’intimité, on ne parle guère que de ce qu’on approfondit.
Les véritables bons mots surprennent autant ceux qui les disent que ceux qui les écoutent ; ils naissent en nous, malgré nous, ou du moins sans notre participation, comme tout ce qui est inspiré.
Une conversation ingénieuse avec un homme est un unisson ; avec une femme, c’est une harmonie, un concert. Vous sortez satisfait de l’une ; vous sortez de l’autre enchanté.
Il ne faut pas montrer une chaleur qui ne sera pas partagée ; rien n’est plus froid que ce qui n’est pas communiqué.
Dans le discours, la passion, qui est véhémente, ne doit être que la dame d’atours de l’intelligence, qui est tranquille. Il est permis, il est même louable de parler avec son humeur ; mais il ne faut penser et juger qu’avec sa raison.
Il vaut mieux remuer une question, sans la décider, que la décider, sans la remuer. L’un aime à dire ce qu’il sait, et l’autre à dire ce qu’il pense.
Qui ne sait pas se taire n’obtient point d’ascendant. S’il faut agir, prodigue-toi ; s’il faut parler, ménage-toi ; en agissant, crains la paresse, et en parlant, crains l’abondance, l’ardeur, la volubilité.
La taciturnité est, dans quelques hommes, une qualité politique, espèce de charlatanisme qui a tous les effets des charlatanismes cachés.
Si quelqu’un a deux noms, il faut l’appeler du plus beau, du plus doux et du plus sonore.
N’usez que de pièces d’or et d’argent, dans le commerce de la parole.
On doit respecter la pudeur et la piété, dans la légèreté de la conversation. Les exposer à rougir et les flétrir, est un jeu grossier, un véritable attentat.
Se connaître est un devoir ; mais il ne nous est point ordonné de connaître les autres. Observer leurs défauts, au-delà du premier coup-d’œil, est utile aux affaires, mais inutile, nuisible même à nos vertus.
Rendre risible ce qui ne l’est pas, c’est en quelque sorte rendre mauvais ce qui était bon.
Quiconque rit du mal, quel que soit ce mal, n’a pas le sens moral parfaitement droit. S’égayer du mal, c’est s’en réjouir.
Il faut haïr et mépriser avec esprit. Les gros mots blessent le bon goût ; le sot rire est toujours le rire d’un sot ; il rend haïssable celui qui l’a.
Dans les qualifications odieuses, les âmes douces restent toujours en deçà : elles ménagent et se ménagent.
Ne montrez pas le revers et l’exergue à ceux qui n’ont pas vu la médaille. Ne parlez pas des défauts des gens de bien à ceux qui ne connaissent ni leur visage, ni leur vie, ni leur mérite.
La médisance est le soulagement de la malignité.
En prenant pour un travers d’esprit ce qui n’est qu’un travers d’opinion, ou pour un défaut de caractère ce qui n’est qu’un défaut d’humeur ; en jugeant un homme d’après un propos, une vie d’après un fait, une âme d’après un mouvement, quand tout cela est irrégulier, on fait beaucoup de mal et beaucoup d’injustices.
Pour dire du mal d’un homme illustre, il faut attendre qu’il en ait fait. S’il est pardonnable de juger les vivants avec son humeur, il n’est permis de juger les morts qu’avec sa raison. Devenus immortels, ils ne peuvent plus être mesurés que par une règle immortelle, celle de la justice.
Le ciel punit souvent les fautes des gens de bien dans leur mémoire, en la livrant à la calomnie.
Dire d’un homme vain et bavard : c’est un bon père de famille, un bon voisin, un hôte affectueux, c’est le juger avec son âme.
Dire, au contraire, du père de famille homme de bien, du voisin officieux et du maître de maison hospitalier, qu’il est bavard, c’est le juger avec son esprit ; c’est oublier le visage pour la verrue, et le plan pour le point.
Attribuer à un galant homme le mérite qu’il n’a pas, c’est méconnaître celui qu’il a. Repos aux bons ! Paix aux tranquilles ! Braver toujours les bienséances est d’une âme abjecte ou corrompue ; en être esclave dans toutes les occasions est d’une âme petite.
Le devoir et les bienséances ne sont pas toujours d’accord.
La déférence pour l’âge, le mérite et la dignité, est une partie du devoir ; pour les égaux, les étrangers et les inconnus, elle est une partie de la politesse ou de la vraie civilité.
La politesse est la fleur de l’humanité. Qui n’est pas assez poli, n’est pas assez humain.
Rendez le pauvre vertueux et poli, afin qu’il soit également agréable aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu.
La politesse est une sorte d’émoussoir qui enveloppe les aspérités de notre caractère, et empêche que les autres n’en soient blessés. Il n’est jamais permis de s’en dépouiller, même pour lutter contre les gens grossiers.
Il y a de la bonne grâce et une sorte d’urbanité à commencer avec les hommes par l’estime et la confiance. Cela prouve en effet, tout au moins, qu’on a longtemps vécu en bonne compagnie, avec les autres et avec soi-même.
La politesse est à la bonté ce que les paroles sont à la pensée. Elle n’agit pas seulement sur les manières, mais sur l’esprit et sur le cœur ; elle rend modérés et doux tous les sentiments, toutes les opinions et toutes les paroles.
La civilité est une partie de l’honnête.
La familiarité plaît, même sans bonté ; avec la bonté, elle enchante. Le naturel qui s’expose à la risée, sans la prévoir, c’est le naïf ; s’il la prévoit, sans la craindre, c’est la franchise. Ceux qui ont su conserver entier leur propre naturel, sont toujours charmés de celui des autres, quand même il serait opposé au leur.
Toute naïveté court le risque d’un ridicule, et n’en mérite aucun, car il y a, dans toute naïveté, confiance sans réflexion et témoignage d’innocence.
La crédulité est l’indice d’un bon naturel.
La gravité n’est que l’écorce de la sagesse ; mais elle la conserve.
La bonhomie est une perfection. Elle consiste à ne refuser son intérêt à rien de ce qui occupe l’attention, et son attention à rien de ce qui est innocent. C’est une enfance agrandie, conservée, affermie et développée. Elle sert de bonheur à l’homme ordinaire, et devient une source abondante de plaisirs et de délassements pour l’homme occupé et pour le grand homme.
Les affaires ont une sorte de difformité que la bonhomie adoucit. Elle va jusqu’à leur prêter de l’attrait.
L’air content sied toujours à l’homme de bien.
Il faut que le mouvement ait de la grâce, la pensée de la fleur, le ton de la sincérité, la main du jeu, l’intention de l’équité, et le jugement de la droiture.
Oh ! Qu’il faut peu de chose pour empêcher un vers, un poëme, un tableau, un trait, un visage, un discours, une parole, un accent, un geste d’être touchants ! Le bon goût est nécessaire à la moitié de la morale, car il règle les bienséances. Les beaux habits sont un signe de joie.
Les habits modestes rendent modestes ceux qui les portent ; compliqués, ils amènent insensiblement quelque complication dans les manières des personnes les plus simples. Tous les hommes ne peuvent pas se donner un habit assorti à leurs mœurs ; mais tous assortissent inévitablement leurs manières à leur habit.
Le soldat bien vêtu s’estime plus lui-même ; bien armé, il est plus courageux ; bien nourri, il est plus fort, plus hardi, plus content, plus disposé à obéir et à bien faire. Il paraît aussi plus redoutable à l’ennemi et lui impose, car la bonne mine est une puissance.
Les vêtements doivent entrer dans l’idée de la beauté ; ils font la grâce.
Les femmes en habits d’hommes et non flottants perdent la grâce. La grâce imite la pudeur, comme la politesse imite la bonté.
Toute grâce provient de quelque patience, et par conséquent de quelque force qui s’exerce sur elle-même. Grâce ou retenue, c’est tout un.
La grâce entoure l’élégance, et la revêt.
La force est naturelle ; mais il y a de l’habitude dans la grâce. Cette qualité charmante a besoin d’être pratiquée, pour devenir continuelle.
Il ne faut pas décrier les beaux dehors, car ils offrent les apparences naturelles des belles réalités ; on ne doit censurer que ce qui les dément.
Les belles manières tendent à imiter la bonne mine. Celle-ci tient à la construction d’un corps bien fait, et les belles manières nous en donnent quelque apparence. On se tient droite, pour paraître grande ; on efface ses épaules, pour rendre sa poitrine plus large ; on marche la tête levée, pour donner à son cou une longueur plus gracieuse.
Les manières sont un art. Il y en a de parfaites, de louables et de fautives ; mais il n’en est point d’indifférentes. Comment n’y a-t-il pas, parmi nous, de préceptes qui les enseignent, ou du moins de doctrine qui nous apprenne à en juger, comme de la sculpture, de la musique ? La science des manières serait plus importante au bonheur et à la vertu des hommes qu’on ne le croit. Si la vertu conduit aux mœurs, les mœurs conduisent à la vertu : or, les manières sont une partie essentielle des mœurs. Il faut donc se donner des manières belles, simples et convenables, dans chaque occasion, pour parvenir à la sublime sagesse.