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Ballade chlorotique

Mollement drapé d’un camail de nuées grises, le crépuscule déroulait ses brumeuses tentures sur la pourpre fondante d’un soleil couchant.
Elle s’avançait lentement, souriant d’un sourire vague, balançant sa taille mince dans une robe blanche piquée de pois rouges. Ses joues se tachaient par instants de plaques purpurines et ses longs cheveux ondoyaient sur ses épaules, roulant dans leurs flots sombres des roses blanches et des mauves.
Un peuple de jeunes gens et de jeunes filles la regardaient venir, fascinés par son œil creux, par son rire maladif. Elle marchait sur eux, les étreignait de ses petits bras et collait furieusement ses lèvres contre leur bouche. Ils haletaient et frissonnaient de tout leur corps ; hors d’haleine, éperdus, hurlant de douleur, ils se tordaient sous le vent de son baiser comme des herbes sous le souffle d’un orage.
Des mères désolées embrassaient ses genoux, serraient ses mains, pleuraient de longs sanglots, et elle, impassible, pâle, l’œil fixe, plein de lueurs mouillées, les mains moites, les seins dardant leurs pointes, les repoussait doucement et continuait sa route.
Une jeune fille se traînait à ses pieds, tenant sa poitrine à deux mains, râlant, crachant le sang. Grâce ! criait-elle, grâce ! ô phtisie ! aie pitié de ma mère, aie pitié de ma jeunesse ! mais la goule implacable la serrait dans ses bras et picorait sur ses lèvres de longs baisers.
La victime palpitait faiblement encore ; elle l’étreignit plus étroitement et choqua ses dents contre les siennes ; le corps se convulsa faiblement, puis demeura froid, inerte, et les joues se couvrirent de teintes glauques, de vapeurs livides.
Alors la déesse voleta lourdement, de pâles rayons jaillirent de ses prunelles et baignèrent de glacis bleuâtres les joues blanches de la morte.
Mollement drapé d’un camail de nuées grises, le crépuscule déroulait ses brumeuses tentures sur la pourpre fondante d’un soleil couchant.