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poésie 195LECTURES

Ballade des langues ennuieuses

En reagal, en arsenic rocher,
En orpigment, en salpestre et chaulx vive ;
En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher ;
En suif et poix, destrampez de lessive
Faicte d’estronts et de pissat de Juifve ;
En lavaille de jambes à meseaulx ;
En raclure de piedz et vieulx houseaulx ;
En sang d’aspic et drogues venimeuses ;
En fiel de loups, de regnards et blereaux,
Soient frittes ces langues envieuses !

En cervelle de chat qui hayt pescher,
Noir, et si vieil qu’il n’ait dent en gencive ;
D’ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher
Tout enragé, en sa bave et salive ;
En l’escume d’une mulle poussive,
Detrenchée menu à bons ciseaulx ;
En eau où ratz plongent groings et museaulx,
Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
Soient frittes ces langues envieuses !

En sublimé, dangereux à toucher ;
Et au nombril d’une couleuvre vive ;
En sang qu’on mect en poylettes secher,
Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
Dont l’ung est noir, l’autre plus vert que cive,
En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
Où nourrices essangent leurs drappeaulx ;
En petits baings de filles amoureuses
Qui n’entendent qu’à suivre les bordeaulx,
Soient frittes ces langues envieuses !

ENVOI.

Prince, passez tous ces friands morceaux,
S’estamine n’avez, sacs ou bluteaux,
Parmy le fons d’unes brayes breneuses ;
Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
Soient frittes ces langues envieuses !