Temps de lecture
1
min
lettre 72LECTURES

Mon cher petit Jacques chéri

Les Nouettes, 1866.

Mon cher petit Jacques chéri, j’espère qu’on t’a apporté ton papier à lettres, tes enveloppes, tes plumes, porte-plumes. Serre les bien de peur qu’on ne te les chipe. Tu sais que messieurs les collégiens sont forts sur le chipage, ce qui est très mal, car chiper c’est voler et faire de la peine à ceux qu’on vole.

Paul et Françoise parlent beaucoup de toi ; ils sont contents que tu viennes passer huit jours à Livet, après Pâques.

Papa a tué deux lièvres que nous avons mangés et que nous aurions bien voulu t’envoyer ; mais c’est impossible ; tu n’aurais pas pu les manger, à cause de tes nombreux compagnons. Les deux ravaudes chassent admirablement ; papa te fera chasser pendant ton séjour à Livet ; et il est probable que ce sera moi qui vous amènerai de Paris.

Tu dois avoir beau temps pour tes promenades ; ici il fait beau presque tous les jours. Paul et Françon vont à Aube tous les jours pour faire des emplettes. Hier Paul a acheté un sécateur de 75 centimes ; il en est enchanté et coupe toutes les branches qu’il peut attraper. Tu en achèteras un (mais plus beau) quand tu seras ici. Adieu, mon cher petit Jacques ; je t’embrasse bien tendrement ; tout le monde t’embrasse... Adieu, chéri.

Grand’mère de Ségur.