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lettre 282LECTURES

Merci, mes chers petits enfants

Kermadio, 1870, novembre.

Merci, mes chers petits enfants ; j’ai reçu hier votre petite caisse ; le médaillon est charmant ; tes cheveux, mon petit Jacques, sont parfaitement arrangés ; le médaillon fait un effet superbe ; je l’ai accroché près de mon crucifix au milieu de mon lit. Ta pelote, ma petite Jeanne, est très jolie ; elle est accrochée de l’autre côté de mon crucifix, en pendant du médaillon de Jacques. Maman m’a écrit que tu entrais décidément à Poitiers. Puisses-tu y être heureux, cher enfant ! J’offrirai tous les jours au bon Dieu le grand sacrifice de ma séparation avec toi. Je t’espérais à Vannes ; le bon Dieu a voulu m’infliger le chagrin de ne plus te revoir ; que sa volonté soit faite ! Toi, de ton côté, mon cher enfant bien-aimé, n’alourdis pas ma croix en m’oubliant tout à fait ; écris-moi une fois par mois ; quelques lignes seulement pour me dire si tu vas bien, si tes études vont bien, si tes places ne se ressentent pas trop des premières semaines de classes perdues, si tu as retrouvé des camarades de Vaugirard, si tu as besoin de quelque chose.... As-tu un bon couteau de poche, des ciseaux à ongles, etc. ? Je vais assez bien, sauf les vertiges. Donne-moi ton adresse et le nom de ton collège. Je crois qu’il ne serait pas bon, par le temps d’impiété actuel, de t’adresser les lettres au collège des Révérends Pères Jésuites. Le Père M. est-il à Poitiers ? S’il y est, présente-lui mes respects bien affectueux. Adieu, mon enfant ; que le bon Dieu te bénisse et te conserve ton bon petit cœur et ta belle petite âme blanche. Je t’embrasse de tout mon cœur. Je t’écrirai souvent. Ton oncle Gaston t’embrasse et te bénit.
Grand’mère de Ségur.

Élisabeth t’embrasse. Armand est désolé que tu ne sois pas à Vannes. Louis de Malaret est enchanté du collège des Pères de Toulouse ; il a presque toujours des A et il est premier en latin, thème et version. J’espère que tu as ta trousse ; tu y trouveras tout ce qu’il te faut. Tout le monde d’ici t’embrasse.