Lettre du 9 juin 1870

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D'origine russe, Sophie Rostopchine, dite Comtesse de Ségur, fut la première femme auteur pour enfant. Le succès des Malheurs de Sophie n'a jamais cessé de grandir avec le temps, et l'on ne  [+]

Kermadio, 9 juin 1870.

Cher enfant, j’ai eu de tes nouvelles par Philippe L., le lendemain de ta sortie ; j’ai su que tu avais eu pour principal amusement deux heures de dentiste et plusieurs averses qui vous ont obligés de chercher un refuge à l’exposition des fleurs et des tableaux. Une autre fois, tu feras bien d’emporter avec toi, de chez ton oncle Gaston, un livre pour lire chez le dentiste... Je ne sais rien de tes places depuis longtemps. Maman m’a écrit une fois que tu étais décoré, mais depuis je ne me réjouis de tes succès que par l’espérance... Louis est complètement heureux depuis que le Père K. est devenu bon pour lui ; tous les autres Pères sont excellents, comme ils l’ont toujours été. Ils prennent deux fois par semaine des bains de mer à la maison de campagne des Pères ; c’est une plage magnifique et qui n’offre aucun danger.

Ici, tes cousins et cousines ont commencé leurs bains de mer ; il n’y a qu’Henriette et Élisabeth qui sachent un peu nager ; les autres sautent en se tenant à la corde ; ils ont le courage de se plonger la tête dans l’eau, ce qui semble à Valentine être un exercice très dangereux. Armand prétend donner à Louis (de Ségur-Lamoignon) des notions de natation ; mais lui-même n’ose pas les mettre à exécution ; si tu étais avec eux, tu leur ferais voir comment on nage ; cette année, tu feras encore des progrès, bien certainement. Je suis un peu effrayée de l’idée de papa d’acheter un bateau ; tes sœurs et frères se noieront tous, c’est certain, surtout si c’est un bateau à quille. Et puis, la pièce d’eau n’est pas assez grande pour s’y amuser réellement et pour devenir un fort rameur. Du reste, je ne me mettrai pas en travers de vos désir, si vous en avez envie, car je sais que partout on a des batelets et que tout le monde n’en meurt pas. Vous prendrez vos arrangements avec papa. Moi, je vais bien mieux depuis quelques jours ; je suis chargée par le petit Gaston de bien t’embrasser et de te demander si tu peux avoir quelques graines de fleurs d’été pour mettre dehors en corbeilles ou en bordures, qu’il serait enchanté si tu pouvais lui en envoyer quelques-unes dans une lettre. On lui écrit : À Monsieur Gaston de Malaret, à Malaret, par Verfeil (Haute-Garonne). Voilà ma commission faite. Adieu, mon cher petit Jacques chéri ; si tu as besoin de quelque chose, n’oublie pas que je suis là, toujours heureuse de te rendre service et de te faire plaisir. Je t’embrasse bien tendrement, mon petit chéri ; cousins, cousines, tantes et oncles t’embrassent aussi de tout cœur.

Grand’mère de Ségur.

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