Temps de lecture
1
min
lettre 39LECTURES

Lettre du 7 septembre 1870

Kermadio, 7 septembre 1870.

Mon cher petit Jacques, le bon Dieu nous envoie la République qui, jointe aux Prussiens, rendra peut-être impossible toute communication avec nous. Si vous ne recevez, ni les uns ni les autres, de nouvelles de Kermadio, ne crois pas que je vous oublie ; toi et tous les tiens vous êtes sans cesse près de moi par la pensée du cœur. Je ne sais ce que le bon Dieu décidera de notre sort et s’il permettra que je puisse vous revoir ; dans cette incertitude, je vous envoie à tous et principalement à toi, mon petit chéri, ma bénédiction la plus tendre et mes vœux bien sincères pour votre bonheur en ce monde et surtout dans le monde éternel ; n’oublie jamais, mon enfant, que toutes nos actions,toutes nos pensées doivent tendre à nous réunir dans le sein de Dieu, que la vie passe bien vite et que plus nous souffrons ici-bas, plus nous serons heureux et glorifiés dans l’éternité. N’oublie pas les excellents conseils du bon Père X. et veille sur Paul et tes sœurs qui ont une grande confiance en toi. À l’occasion de la première communion de ma chère petite Jeanne, prie avec ferveur pour toi-même et pour ta famille. J’implore plus que jamais la protection de la sainte Vierge ; elle ne t’abandonnera pas. Adieu, mon enfant chéri ; je t’embrasse et te bénis encore du fond de mon cœur, avec maman, papa, Jeanne, Paul et Françon.

Grand’mère de Ségur.

Le pauvre petit Armand est toujours de même ; je crains qu’il n’en ait pour quelques jours encore ; la fièvre ne le quitte pas ; on ne sait pas ce qu’il a ; il est très abattu et faible.