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lettre 38LECTURES

Lettre du 29 mai 1869

Kermadio, samedi, 29 mai 1869.

Merci, mon cher petit, de ta bonne lettre. Je viens d’avoir un érysipèle sur la figure ; j’étais horrible et gonflée comme une citrouille ; un œil tout a fait bouché par les paupières, et l’autre à peine entr’ouvert. C’est fini ; je vois et mon visage est à peu près revenu à son état naturel. Le temps est affreux ici ; il pleut sans cesse. J’ai de bonnes nouvelles de Livet ; tout le monde va bien. Je t’embrasse tendrement, mon cher petit chéri, et je te quitte déjà parce que je manquerais la poste ; et je suis bien aise que tu reçoives ma lettre demain dimanche pour donner de mes nouvelles à Léon.
Je suis très contente de ta place de troisième ; tu te soutiens dans toutes les facultés importantes. Je t’embrasse comme je t’aime.

Grand’mère de Ségur.

Avant-hier il est tombé à Auray un aérolithe, à un kilomètre d’ici ; il a fait en tombant un bruit comme le tonnerre qui a éveillé tout le pays ; il paraît qu’il a éclaté en tombant et a lancé des fusées et des flammes comme un bouquet de feu d’artifice. Il était onze heures du soir. Madame Gharlet a eu une peur atroce, elle a cru que c’était la fin du monde.