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lettre 42LECTURES

Lettre du 19 juillet 1870

Kermadio, 19 juillet 1870.

Cher petit ami, il y a bien longtemps que je ne t’ai écrit, mais j’ai eu de tes nouvelles par Philippe qui m’a écrit six pages de détails sur ta sortie. Voilà les vacances qui approchent à grands pas ; encore onze jours et tu es en congé pour deux mois... Louis de Malaret espère fortement avoir un prix ; quand je saurai les tiens, je t’enverrai par Philippe le montant ; j’espère qu’il sera très élevé. Il fait beaucoup moins chaud ; nos pauvres soldats ne souffriront pas trop de la chaleur pendant cette guerre à laquelle nous oblige cet abominable roi de Prusse ; j’espère que le bon Dieu nous accordera la victoire, que ce roi se trouvera réduit à l’état de principicule allemand, comme les ducs de Cobourg, de Weimar, de Darmstad, etc., et que son armée sera réduite à cinq ou six cents hommes, dont Bismarck sera le chef humilié. Le pauvre jardinier de Kermadio, qui était à sa dernière année de réserve, a dû partir dimanche dernier pour rejoindre son régiment à Metz ; le pauvre garçon n’a été prévenu que 6 heures avant celle du départ. Tous les marins ont été pris et embarqués ; on va bombarder les ports prussiens, dévaster toutes les côtes et détruire leur puissante marine dont ils commençaient à être très fiers ; ils avaient bien cinq ou six vaisseaux et quelques dizaines de petits bâtiments. Adieu, mon cher petit chéri, je t’embrasse bien tendrement et je soupire en pensant que ce ne sera pas moi qui t’emmènerai en vacances, et que je ne te verrai que les premiers jours de septembre, peut-être pas avant le 10 ou 12. Ton oncle Edgar restera ici jusqu’au 29 de ce mois ; les enfants en sont enchantés ; ils aiment beaucoup Armand et Henriette et même la grande Elisabeth qui leur raconte des histoires terribles et amusantes. Adieu, mon petit Jacques chéri, je t’embrasse encore. Présente bien mes respects les plus affectueux au R. P. M.

Grand’mère de Ségur.