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lettre 42LECTURES

Lettre du 14 juin 1867

Les Nouettes,1857, 14 juin.

Mon petit chéri, maman vient de m’envoyer aujourd’hui samedi ta lettre de mardi qui m’a beaucoup intéressée. Tu fais très bien d’écrire à maman au lieu de m’écrire à moi, car moi, tu sais que je ne serai pas jalouse ; je sais que tu m’aimes ; quoi qu’il arrive et quoi que tu dises et fasses, je sais que tu m’aimeras toujours ; et comme tu as peu de temps à donner à ta correspondance, je suis bien aise que tu l’emploies au profit de ceux qui seraient mécontents de ton silence. Louis est enchanté d’un arrangement de leçons que ta tante de Malaret a fait avec le précepteur M. Dob... Il doit travailler cinq heures par jour en quatre fois. Le gouverneur a calculé ce qu’il pouvait faire en cinq heures, et on a déclaré à Louis qu’il aurait à faire tel et tel devoir pour chacune de ses heures de travail ; que lorsqu’il aurait fini plus tôt, il irait jouer.

Depuis deux jours qu’il a commencé ce système de travail, il gagne cinq ou dix minutes chaque heure, ce qui lui donne des récréations plus longues ; tout à l’heure il vient de gagner une demi-heure sur une heure de thème latin. Ce qui le stimule autant, c’est qu’il arrange le petit jardin, qu’il le plante en choux, oignons et autres légumes. Le petit Gaston est son garçon jardinier ; il court avec la brouette pour chercher ce qu’il faut, et comme ses absences se prolongent trop quand quelque chose l’attire, comme les poulets, les canards, les vaches, etc., Louis perd son temps à courir après son garçon jardinier qui fait l’école buissonnière. Ils sont très gentils tous les deux ; ils ne se disputent jamais. Louis t’attend avec une grande impatience ; il y a encore deux mois d’attente ; mais en travaillant, le temps passe vite.

Adieu, mon cher petit Jacques chéri, je t’embrasse bien tendrement et je prie bien souvent pour ton vrai bonheur dans ce monde et dans l’autre.....

S. R comtesse de Ségur.