Temps de lecture
1
min
lettre 35LECTURES

Lettre du 10 décembre 1866

Les Nouettes, 10 décembre 1866.

Mon cher petit Jacques chéri, bientôt je te verrai, car je pars le surlendemain de Noël, jeudi, et j’irai te voir dimanche 30. Tu me diras à quelle heure il faudra t’aller chercher le jour de l’an...

Paul et Françoise t’aiment beaucoup, ils baisent souvent ton portrait que j’ai près de mon lit. « Mon cher Jacques, dit souvent Paul, j’aime beaucoup mon cher Jacques. » Françoise répète après lui, comme de raison. Paul a fait beaucoup de progrès pour le caractère et la gaieté. Il est très obéissant, très serviable ; il cause beaucoup plus ; il rit souvent aux éclats ; il est moins timide ; tu le trouveras changé à son avantage. Françon est très gentille, mais colère comme un dindon et volontaire, mais pas avec moi qui ne cède pas à ses caprices ; elle veut pourtant toujours être chez moi ; tous les deux détestent leur bonne allemande.

Il y a 15 jours, toute la chasse de M. *** (j’oublie le nom) est venue jusqu’à Beaujay ; le cerf s’est jeté dans la rivière près du pont. Les chiens s’y sont précipités après lui et l’ont pris dans Peau. Les piqueurs ont été obligés d’entrer aussi dans la rivière pour avoir le cerf. Tout le village, y compris M. le curé, était rassemblé autour des chasseurs ; c’est M. de Cha... Cha... (je ne sais quoi) qui a égorgé le pauvre animal. Adieu, mon cher petit bien-aimé, je t’embrasse bien tendrement.

Grand’mère de Ségur.