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Le désert

Quand le Bédouin qui va de l’Horeb en Syrie,
Lie au tronc du dattier sa cavale amaigrie,
Et sous l’ombre poudreuse où sèche le fruit mort,
Dans son rude manteau s’enveloppe et s’endort ;
Revoit-il, faisant trêve aux ardentes fatigues,
La lointaine oasis où rougissent les figues,
Et rétroite vallée où campe sa tribu,
Et la source courante où ses lèvres ont bu,
Et les brebis bêlant, et les bœufs à leurs crèches,
Et les femmes causant près des citernes fraîches ;
Ou sur le sable, en rond, les chameliers assis,
Aux lueurs de la lune écoutant les récits ?
Non ! par de là le cours des heures éphémères,
Son âme est en voyage au pays des chimères ;
Il rêve qu’Alborak, le cheval glorieux,
L’emporte en hennissant dans la hauteur des cieux ;
Il tressaille, et croit voir, parles nuits enflammées,
Les filles du Djennet à ses côtés pâmées.
De leurs cheveux plus noirs que la nuit de l’enfer
Monte un âpre parfum qui lui brûle la chair ;
Il crie, il veut saisir, presser sur sa poitrine,
Entre ses bras tendus sa vision divine ;
Mais sur la dune au loin le chacal a hurlé,
Sa cavale piétine et son rêve est troublé.
Plus de Djennet, partout la tlamme et le silence,
Et le grand ciel cuivré sur l’étendue immense. 
Dans sa halte d’un jour, sous l’arbre desséché,
Tout rêveur, haletant de vivre, s’est couché,
Et comme le Bédouin, ployé de lassitude,
A dormi ton sommeil, ô morne solitude !
Oublieux de la terre, et d’un cœur irrité,
Il veut saisir l’amour dans son éternité ;
Et toujours il renaît à la vie inféconde
Pâle et désespéré dans le désert du monde.