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poésie 154LECTURES

Du blanc, de l'azur, et du rose

Pour orner l’or fin de son médaillon.
Grand’mère demande un portrait de Rose,
Mais la belle enfant, moins qu’un papillon
Nous ferait l’honneur d’un semblant de pose.

Puisque j’ai garni ma palette en vain,
Je voudrais, aux sons berceurs de la lyre,
Le front inspiré par l’art souverain,
En des strophes d’or chanter son sourire.

Et ma plume, hélas ! ne saurait fixer
Ces traits dont l’image en mon âme reste.
Car mon style obscur ne peut enchâsser
Dans le verbe humain la beauté céleste.

Non ! pour réussir en vers ce portrait,
Pour prêter la vie à ce frais mélange
De pureté rose et blanche, il faudrait
Une plume prise à l’aile d’un ange.

Bonne grand’maman, si vous voulez voir
Votre Rose peinte, à l’heure où le soir
Avec le sommeil descend sur la Terre,
Dites-lui ceci : ― « Ferme ta paupière
Et ne bouge plus, comme si dodo
Sur tes jolis yeux mettait son bandeau.
Te voyant ainsi, plus faible et plus belle,
Sur toi ton bon ange étendra son aile
Toute grande, afin de te garder mieux
Contre l’Esprit noir et mystérieux.
Lors, en tapinois, sans bruit et bien vite,
Dérobe au satin léger qui t’abrite
Une plume... Prends ! sans peur d’offenser
Ton aîné du Ciel ; on ne peut blesser
Les anges qu’au cœur : ils n’ont de la peine
Au fond de leur âme auguste et sereine,
Que si leurs amis les petits enfants
Ont de gros chagrins ou font les méchants...
Mets le blanc trésor sous la blanche toile
De ton oreiller : un rayon d’étoile
Viendrait le chercher. Ce que tu voudras,
Avec ce joyau demain tu l’auras...
Bonne nuit !... Ton ange attend ta prière.
Avant de dormir, ferme ta paupière. »

Dans le tiède nid de son doux sommeil,
Si Rose demain retrouve, au réveil,
La plume arrachée à l’aile divine
Sur laquelle un flot de rosée en pleurs
Mêle des éclats perlés aux pâleurs
De la noble hermine,
Toutes ces clartés pour vous décriront
Les neiges du cœur, le marbre du front,
Et la gamme blanche égrenant ses notes
Sur le col de cygne où la pureté
Met de blancs frissons, et l’émail lacté
Nacrant les quenottes.
Le pétale pris au grand lys ailé,
A pu sillonner l’azur constellé
Dont la majesté l’a baigné de gloire ;
Et, dans le nocturne éblouissement,
Des rayons de lune ont pieusement
Argenté sa moire.
Aussi dira-t-il combien le cristal
De l’iris est bleu, sur quel idéal
De limpidité s’ouvre la prunelle,
Et par quel effet du mystérieux
Il fait clair de lune au fond des beaux yeux
De mademoiselle.
L’aile interrompait son cours vers le sol
Pour illuminer plus longtemps son vol
Au rayonnement des apothéoses.
Il faut le miroir de ce souvenir
Qui dans les levants vit s’épanouir
Les nuages roses,
Pour énumérer tous les incarnats
Nuançant l’oreille aux plis délicats
Où la mèche d’or librement se joue,
Et, sans les meurtrir sous des mots trop lourds,
Décrire la lèvre et le fin velours
De la rose joue.
Le fragment sacré, dans l’éther sans fin
A porté l’essor du fier séraphin,
Parmi des froufrous d’ailes éperdues.
Ayant pu sonder le mystère bleu,
Mieux qu’un astre ouvrant son grand œil de feu
Sur les étendues,
Il saura parler d’un autre infini
Pour nous révéler le foyer béni
Dont le cœur de Rose a gardé la flamme...
Et nous comprendrons le rêve enchanté
Qui doit voltiger dans l’immensité
De sa petite âme.