Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie

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Charles d'Orléans compose toute son œuvre en prison pendant plus de vingt ans. Les anglais le retenaient captif et la France n'avait pas de quoi payer la rançon demandée. Il sera libéré contre  [+]

Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie
Des blans connins que vous m’avez donnez ;
Et oultre plus, pour vray vous certiffie,
Quant aux connins que dittes qu’ay amez,
Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez,
Mis en oubly ; aussi mon instrument
Qui les servoit a fait son testament
Et est retrait et devenu hermite ;
Il dort tousjours, a parler vrayement,
Comme celui qui en riens ne prouffite.

Ne parlez plus de ce, je vous en prie,
Dieux ait l’ame de tous les trespassez !
Parler vault mieulx, pour faire chiere lie,
De bons morceaulx et de frains pastez,
Mais qu’ilz soient tout chaudement tastez !
Pour le present, c’est bon esbatement,
Et qu’on ait vin pour nettier la dent :
En char crue mon cueur ne se delitte.
Oublions tout le vieil gouvernement,
Comme celui qui en riens ne prouffite !

Quant Jeunesse tient gens en seigneurie,
Les jeux d’amours sont grandement prisez ;
Mais Fortune, qui m’a en sa baillie,
Les a du tout de mon cueur deboutez ;
Et desormais, vous et moi, excusez
De tels esbas serons legierement,
Car faiz avons noz devoirs grandement
Ou temps passé : vers Amours me tiens quicte.
Je n’en vueil plus, mon cueur si s’en repent,
Comme celui qui en riens ne prouffite.

L’envoy

Vieulx soudoiers avecques jeune gent
Ne sont prisiez la valeur d’une mitte ;
Mon office resine plainement,
Comme celui qui en riens ne prouffite.
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