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poésie 75LECTURES

À Camérius

De grâce, Camérius, s’il n’y a pas d’indiscrétion de ma part, indique-moi où tu te caches. Je t’ai cherché partout, dans le champ de Mars, au Cirque, dans toutes les tavernes, dans le temple du grand Jupiter, sous les galeries du cirque de Pompée ; j’ai arrêté au passage toutes les jolies filles, et aucune cependant n’a changé de visage, lorsque je lui demandais avec instance de tes nouvelles : « Friponnes, leur disais-je, qu’avez-vous fait de mon cher Camérius ? » L’une d’elles pourtant découvre son sein et me montre deux boutons de roses : « Tiens, dit-elle, il est là ».
Enfin, déterrer ta retraite, c’est un des travaux d’Hercule. D’où te vient cet orgueil qui te dérobe à tes amis ? Dis-nous donc où il faut désormais te chercher ? Allons, courage ; confie-toi à moi, montre-toi au grand jour. Est-il vrai que tu te caches dans un sein d’albâtre ? Si ta langue reste ainsi clouée à ton palais, c’est perdre tous les fruits de tes amours, car Vénus aime les indiscrétions. Ou bien encore, si tu ne veux pas desserrer les dents, permets-moi d’être le confident de vos amours.
Quand bien même j’aurais le corps de bronze du géant Tallus, le vol rapide de Pégase, la vitesse de Ladas, les pieds ailés de Persée, et la légèreté des blancs chevaux de Rhesus ; quand tu attellerais à mon char tous les êtres emplumés, tous les habitants de l’air ; fussé-je même porté sur l’aile des vents, bientôt, mon ami, je tomberais épuisé de fatigue, accablé de langueur, à force de te chercher.