Fête de la faim

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Lui, le « voyant », renonce très tôt à l'écriture. Toute son œuvre est condensée en six années, de 1869 à 1875. Si l'on a tous en tête les titres de ses poèmes : « Le Bateau ivre »  [+]

Ma faim, Anne, Anne,
Fuis sur ton âne.

Si j’ai du goût, ce n’est guères
Que pour la terre et les pierres.
Dinn! dinn! dinn! dinn ! Mangeons l’air,
Le roc, les terres, le fer,
Charbons.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons !
Attirez le gai venin
Des liserons ;

Mangez les cailloux qu’un pauvre brise,
Les vieilles pierres d’églises,
Les galets, fils des déluges,
Pains couchés aux vallées grises !

Des faims, c’est les bouts d’air noir ;
L’azur sonneur;
− C’est l’estomac qui me tire,
C’est le malheur.

Sur terre ont paru les feuilles :
Je vais aux chairs de fruit blettes.
Au sein du sillon je cueille
La doucette et la violette.

Ma faim, Anne, Anne !
Fuis sur ton âne.

Août 1872.
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