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poésie 112LECTURES

À Grenelle

Quand j’ vois des fill’s de dix-sept ans,
Ça m’ fait penser qu’ya ben longtemps,
Moi aussi j’ l’ai été pucelle,
À Grenelle.

Mais c’est un quartier plein d’ soldats,
On en renconte à tous les pas,
Jour et nuit i’s font sentinelle,
À Grenelle.

J’en ai t’i’ connu des lanciers,
Des dragons et des cuirassiers,
I’s m’montraient à m’ tenir en selle,
À Grenelle.

Fantassins, officiers, colons
Montaient à l’aussaut d’ mes mam’lons,
I’s m’ prenaient pour eun’ citadelle,
À Grenelle.

Moi j’ les prenais tous pour amants,
J’ commandais tous les régiments,
On m’app’lait mam’ la colonelle,
À Grenelle.

Mais ça m’ rapportait que d’ l’honneur,
Car si l’amour ça fait l’ bonheur,
On fait pas fortune avec elle,
À Grenelle.

Bientôt j’ m’aperçus qu’ mes beaux yeux
Sonnaient l’extinction des feux,
On s’ mirait pus dans ma prunelle
À Grenelle.

Mes bras, mes jambes, mes appas,
Tout ça foutait l’ camp, à grands pas.
J’osais pus fair’ la p’tit’ chapelle,
À Grenelle.

Aujord’hui qu’ j’ai pus d’ position,
Les régiments m’ font eun’ pension :
On m’ laiss’ manger à la gamelle,
À Grenelle.

Ça prouv’ que quand on est putain,
Faut s’établir Chaussé’-d’Antin,
Au lieu d’ se faire eun’ clientèle,
À Grenelle.