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Le criminel précautionneux

Avec un instrument (de fabrication américaine) assez semblable à celui dont on se sert pour ouvrir les boîtes de conserves, le malfaiteur fit, dans la tôle de la devanture, deux incisions, l’une verticale, l’autre horizontale et partant du même point.
D’une main vigoureuse, il amena à lui le triangle de métal ainsi déterminé, le tordant aussi facilement qu’il eût fait d’une feuille de papier d’étain.
(C’était un robuste malfaiteur.)
Il pénétra dans le petit vestibule rectangulaire qui précède la porte d’entrée.
Maintenant la glace avec une ventouse en caoutchouc (de fabrication américaine), il la coupa à l’aide d’un diamant du Cap.
Rien ne s’opposait plus à son entrée dans le magasin. Alors, tranquillement, méthodiquement, il entassa dans un sac ad hoc toutes les pierres précieuses et les parures qui réunissaient au mérite du petit volume l’avantage du grand prix.
Il était presque à la fin de sa besogne, quand, au fond de la boutique, le patron, M. Josse, fit son apparition, une bougie d’une main, un revolver de l’autre.
Très poli, le malfaiteur salua et avec affabilité :
— Je n’ai pas voulu, dit-il, passer si près de chez vous sans vous dire un petit bonjour.
Et tandis que, sans méfiance, l’orfèvre lui serrait la main, le malfaiteur lui enfonça dans le sein un fer homicide (de fabrication américaine).
Le sac ad hoc fut rapidement empli.
Le malfaiteur allait rentrer dans la rue, quand une pensée lui vint.
Alors, s’asseyant à la caisse, il traça sur une grande feuille de papier quelques mots en gros caractères.
À l’aide de pains à cacheter, il colla cet écriteau sur la devanture du magasin, et les passants matineux purent lire à l’aube :

Fermé pour cause de décès.