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poésie 135LECTURES

La chambre gothique

Nox et solitudo plenæ sunt diabolo.
Les Pères de l’Église.

La nuit, ma chambre est pleine de diables.

« Oh ! la terre, – murmurai-je à la nuit, – est un calice embaumé dont le pistil et les étamines sont la lune et les étoiles ! »
Et, les yeux lourds de sommeil, je fermai la fenêtre qu’incrusta la croix du calvaire, noire dans la jaune auréole des vitraux.

*

Encore, – si ce n’était à minuit, – l’heure blasonnée de dragons et de diables ! – que le gnome qui se soûle de l’huile de ma lampe !
Si ce n’était que la nourrice qui berce avec un chant monotone, dans la cuirasse de mon père, un petit enfant mort-né !
Si ce n’était que le squelette du lansquenet emprisonné dans la boiserie, et heurtant du front, du coude et du genou !
Si ce n’était que mon aïeul qui descend en pied de son cadre vermoulu, et trempe son gantelet dans l’eau bénite du bénitier !
Mais c’est Scarbo qui me mord au cou, et qui, pour cautériser ma blessure sanglante, y plonge son doigt de fer rougi à la fournaise !