Un toit à partager

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C'est peut-être parce que quand je n'étais encore qu'un embryon mes parents m'ont surnommée "La virgule"... peut-être aussi que ça n'a rien à voir. Ce dont je suis sûre, c'est que si je n'ai  [+]

« - Je me sens seule depuis que les enfants sont partis...
- La maison est bien trop grande pour une seule personne !
- J’avais envie de transmettre mes compétences aux plus jeunes.
- C’est agréable de savoir que quelqu’un va rentrer le soir !
- Avec l’âge, je me sens de moins en moins en sécurité.
- Nous aimons la mixité, les mélanges...
- C’est vraiment l’idée de découvrir une autre culture, de « voyager à domicile » qui m’a convaincue.
- Pourquoi ? Et pourquoi pas ? »
Voici un échantillon des réponses que j’ai recueillies quand j’ai demandé aux hébergeurs pourquoi ils avaient décidé de partager leur lieu de vie avec un étudiant...
Oui, les motivations pour la cohabitation intergénérationnelle sont diverses, et non, il n’y a pas besoin d’en avoir besoin. Alors, mon métier devient passionnant.
Le recrutement, la mise en relation, le suivi, la médiation sont autant de missions qui me sont attribuées. Sur la quarantaine de binômes que j’ai en charge, aucun ne se ressemble. Et c’est tant mieux !
Ces personnes ont décidé de cohabiter sous le même toit malgré leurs différences d’âge, de culture, de mode de vie, « pour le meilleur et pour le pire ». Heureusement, on a surtout affaire au meilleur !
Ainsi, ce vieux Monsieur de presque 100 ans, ancien chef d’entreprise, partage son quotidien avec un jeune étudiant en agriculture. Ils ne se contentent pas de cuisiner ensemble, chaque jour, des légumes frais pour le dîner qu’ils partageront le soir, non, ils échangent et débattent jusque tard dans la nuit. Le jardinage, la politique, les souvenirs, la poésie, tout y passe.
Ce couple, qui vit dans le centre ville, est ravi de découvrir la culture malgache. La jeune femme installée à leur domicile depuis 9 mois, ne cesse de les émerveiller à travers sa cuisine, sa musique, les anecdotes qu’elle leur raconte... Quand ils sont présents, les enfants du couple eux aussi sont heureux d’écouter ces histoires dépaysantes, venues d’ailleurs.
Avec ces trois étudiants (en sport, en droit, et en marketing) chez elle, cette sexagénaire apprécie le fait de ne pas se retrouver seule, après le décès brutal de son époux. C’est un vraie famille qui vit sous le même toit, avec tout ce que cela implique : chacun a ses qualités et ses défauts, chacun tente de contribuer au maintien d’une atmosphère agréable et harmonieuse, chacun apporte sa pierre à l’édifice, pour qu’ensemble, la vie soit plus facile et surtout moins terne.
Quand ce jeune étudiant en alternance rentre de l’entreprise qui l’embauche, son hébergeur s’empresse de lui demander ce qu’il a appris sur le terrain, et son expérience dans le même secteur d’activité lui permet de lui prodiguer quelques conseils pour améliorer sa façon de faire, et ainsi, lui donner le maximum de chances pour que cette année scolaire aboutisse sur une embauche concrète.
Avec son avancée en âge et ses articulations qui la font souffrir, mais surtout son angoisse constante de chuter et de ne pouvoir appeler à l’aide, cette octogénaire se voit soulagée de savoir que la jeune femme en reconversion professionnelle qu’elle héberge continuera à partager son quotidien l’année prochaine. En contrepartie de sa présence bienveillante, elle apprend à la jeune trentenaire des recettes, de la plus simple à la plus sophistiquée, du repas pris sur le pouce au banquet, du petit déjeuner économique au repas de fête.
Il y a même cette dame de 75 ans, qui a choisi d’ouvrir sa porte à un jeune migrant tout droit venu d’Afghanistan. Depuis, elle a interdiction de toucher à un chiffon, à un balai ou un aspirateur. La culture de ce jeune homme dans son pays d’origine est telle qu’on ne laisse pas les femmes âgées faire les corvées ménagères. C’est lui, maintenant, l’homme de la maison, et pas uniquement pour le bricolage.
Ce qui fait à la fois la force et la difficulté de mon métier, c’est qu’il n’y a pas de mode d’emploi ni de méthodologie. Il faut inventer, chaque jour, réagir, concevoir, imaginer, créer. Rien n’est figé, tout est en mouvement ; c’est une composition perpétuelle.
L’innovation n’est pas toujours là on l’on croit. Il n’est pas toujours question de technologies, de gadgets ou d’investissements financiers.
Il s’agit de faire avec ce que l’on a. De faire confiance, de faire ensemble, d’essayer, d’avancer, de croire. Et de ne pas perdre de vue une chose essentielle de nos jours : aimer son travail, c’est un luxe.
Alors, aujourd’hui, je peux dire avec fierté que je me sens très riche.
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