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Georges déviant

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Charles

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Les invités avaient pris leurs cafés et les conversations s’épuisaient. La maîtresse de maison jugea qu’il était temps de raviver la flamme et s’adressa à sa belle-mère en haussant la voix, non seulement parce qu’elle était sourde comme un pot, mais aussi pour que toute l’assemblée puisse entendre.

- Saviez vous belle-maman que votre petit fils est un grand poète ? Georges est très doué et voudrait vous réciter sa dernière œuvre tout en alexandrins, bien entendu.

Ce disant, Marie-Sophie attrapa son fils par son col de chemise et fit un signe à l’assemblée pour attirer l’attention sur le prodige. Le jeune garçon, légèrement intimidé, hésita quelques secondes avant de prendre son courage à deux mains et déclama à haute et intelligible voix.

À cause de cette chose qui grandissait en elle
Jeanne avait beaucoup de mal à se concentrer
C’était pourtant de son art que tout dépendait
Et le souffle coupé nous regardions la belle

Un silence de plomb s’abattit sur le salon. Le père de Georges se précipita vers sa mère qui suffoquait. Les visages des femmes étaient devenus des pivoines et un sourire torve flottait sur ceux des hommes. Les ados riaient et les petits ne comprenaient rien. La gifle ne se fit pas attendre. Marie-Sophie empoigna son fils en pleurs et l’emmena dans la salle de bains.

- Qu’est ce que c’est que cette horreur ? Tu es allé sur internet avec tes frères ? Tu as vu des choses qui n’étaient pas de ton âge ?

À ce moment, le père de Georges fit son apparition.

- Laisse-nous tranquilles ! Il faut nous laisser tous les deux. Tu sais bien que c’est comme ça que sa commence. Après, ils deviennent homosexuels ou je ne sais quoi. Je suis certaine que c’est ce type qui fait le ménage à l’école. Il ne m’inspire pas confiance. Ces Indiens de toute façon, c’est tous de la chair à kamasoutra.

L’homme allait dire quelque chose, mais son épouse ne lui en laissa pas le temps et tira un portable de son sac.

- Allo Alfred ! Désolée de vous déranger en plein dimanche, mais l’heure est grave. Je vous passe Georges.

Resté seul dans la salle de bains avec le docteur Sisnezic, Georges reprit un peu ses esprits. Dix minutes plus tard, il rejoint ses parents qui l’attendaient dans le couloir et tendit le portable à sa mère. Rongée par l’angoisse, Marie-Sophie arracha l’appareil et s’éloigna pour pouvoir échanger en toute tranquillité avec le thérapeute.

- Alfred ? Oui, c’est moi, Marie-Sophie. Qu’est ce qu’il a ? C’est grave ?

- Eh bien, il semble que la maîtresse de votre fils soit enceinte. La semaine dernière, ils ont fait un exercice de chimie qui l’a visiblement beaucoup impressionné.

-...

- Ça fera 90€, vous me réglerez mardi, quand vous viendrez me voir avec Georges. N’hésitez pas à me rappeler s’il y a d’autres problèmes.
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Ch. Deguerrelasse · il y a
"Ses Indiens de toute façon, c’est tous de la chaire à kamasoutra. " ... Quant à la chair du curé, elle est aussi sensible qu'une autre ;-)
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Charles · il y a
Oups, merci. Je n'avais pas encore antidote à l'époque. Ce qui est bien avec les textes en publication libre, c'est qu'on peut les modifier.
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Pierre Priet · il y a
Beau texte! Bravo! Mon vote évidement ! Je vous invite, si vous trouvez le temps a lire ma nouvelle " blizzard" en finale :)
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