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Chercheur d'or !

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Don Quichotte

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Ce texte, dédié à Armand Gauz, relate des évènements réels. Seuls les noms des personnages sont modifiés.
Virgile Nyobé se retourna et, d'un regard circulaire, il engloba une dernière fois ce bureau qui l'avait abrité pendant quelques années comme administrateur réseau de cette grande école d'ingénieurs d'Ouagadougou au "pays des hommes intègres" (Du moins l'espérait-on encore ?), le Burkina Faso.
Dans la rue poussiéreuse parcourue en tous sens par une foule de véhicules hétéroclites ( essentiellement des deux-roues chinois ) il se demanda s'il avait eu raison de quitter ce poste.
Mais l'idée de travailler comme informaticien dans ce grand groupe de prospection aurifère canadien lui semblait être une promesse d'avenir.

En effet, il faut savoir que par la grâce conjuguée du ministre des mines Sak Faribole, et de quelques subsides en dollars américains, en mystérieuse lévitation sous le bureau de ce dernier, la compagnie canadienne LOUVOYE avait obtenu la concession d'une mine d'or qui se trouvait près de la région d'origine de Virgile: Bobo Dioulasso. Ce nouvel emploi était donc bien pratique pour se rapprocher de sa famille.

A la suite d'un reportage d'investigation diffusé volontairement à une heure très tardive sur une chaîne de TV française, un ami lui avait demandé de chercher, dans les comptes de la société minière, la ligne de budget justifiant des aides apportées à la population locale, comme le suggérait à grand renfort de vidéos publicitaires cette société d'exploitation minière.
On y voyait une école toute neuve, et la fabrication et la distribution de pain à une file ininterrompue de burkinabés. Tout cela ressemblant tout de même plus à une distribution de vivres largement médiatisée, après un épisode de famine. Une mise en scène évidemment, servant à justifier du rôle éminemment humanitaire de ladite société.

La vie au travail était bien différente de ce que montraient les vidéos publicitaires...
- Corruption des autorités pour ne pas payer les royalties et ne pas payer les impôts.
- Fausses déclarations des quantités d'or produites.
- Evasion fiscale.
- Exportation de l'or par des circuits mafieux, évidemment échappants à l'impôt.
- Masses salariales importantes des expatriés pour pouvoir faire fuir d'importantes sommes d'argent.
- Non respect des termes des contrats concernant les services sociaux, les routes,...
- Achat de tous les matériels à l'étranger, même de simples écrous...
- Aucun respect des normes environnementales et pollutions...
- La restauration collective est assuré par des compagnies occidentales.
- En cas de chute du cours de l'or, pressions sur le gouvernement burkinabé pour obtenir des faveurs et pouvoir licencier du personnel local...

Pour résumer, l'or ne profite pas aux populations, mais à quelques individus.
Et c'est donc bien déçu que Virgile se vit contraint d'abandonner son emploi.

Quelques mois plus tard, et après ces expériences décevantes, il battait donc à nouveau le pavé de la capitale en recherche d'emploi. Entre-temps en effet, un soulèvement populaire avait renversé le président en place et le patron de la société canadienne avait été emprisonné puis rapidement libéré contre une caution/rançon assez conséquente.
Ce dernier avait fui aussitôt en Côte d'Ivoire, le pays où s'était justement réfugié l'ancien président en exil, se plaçant sous la haute protection de son ami, le nouveau président ivoirien.
Virgile se trouvait donc sans emploi, victime collatérale de ces bouleversements politiques.

Quelques mois plus tard, début 2018, la presse nous apprend qu'une série de conférences privées ont lieu à Montréal et en divers autres lieux du Québec. On y retrouve en vedette notre chercheur d'or, "ex-repris de justice" accompagné, quelle surprise... de l'ancien ministre des mines du Faso, le fameux Faribole !
Ces deux personnages qui semblent toujours s'entendre comme "larrons en foire", se sont fixés comme objectif d'expliquer à leurs divers auditoires préalablement sélectionnés, (tarif très élevé des conférences) combien les ressources aurifères du Burkina Faso étaient attirantes.
Mais bien entendu, en raison de la nouvelle donne politique se déclarant héritière de feu Thomas Sankara, il était prudent et judicieux d'exporter cet or vers le Canada à partir de la Côte d'Ivoire car les taxes d'exportations y sont bien inférieures.
Comment l'or du Burkina se retrouve-t-il en Côte d'Ivoire, mystère ?
On ne va pas tout vous dire tout de même...
L'essentiel étant, bien entendu, que les affaires continuent n'est-ce pas?

Ainsi vont les choses en Afrique... Au détriment des africains eux-mêmes.


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