Jardins sans queue ni tête

il y a
4 min
81
lectures
18

J'ai 72 ans mais ne le dites à personne. En fait je suis de l'école d'Henri-Pierre Roché, d'abord m'adonner à fond à ma vie professionnelle (j'étais prof d'anglais pendant 40 ans, et ça m'a  [+]

Il pousse dans ma caboche

Je l'avoue un peu bancroche

De bizarroïdes et cosmopolites jardins

Sans queue (mais avec, je n'en connais pas un)

Ni tête (quoiqu'avec je n'en connaisse pas plus)

Bon, j'arrête de faire le gugusse

Je t'invite plutôt, fine lectrice, lecteur malin,

A parcourir les allées de mon esprit mutin,

Là où nul frêne ne me freine

Ni chêne ne m'enchaîne

Quand bien même, sur une plate-bande jolie,

Un peu amer parfois, je mets l'ancolie.

Jardin nippon

Dans le jardin japonais, tout au bout

Pousse pousse une forêt de bambous.

Vois comme il s'y ébroue, le très humble, le très honorable

Ara qui rit,

Tandis qu'à l'ombre du ginkgo, un bonze, aïe !

Psalmodie, très zen, la Torah ! Torah ! Torah !

Tiens, pour qui sonne le gong ?

Mais pour ces kawaii de gais chats, voyons !

C'est l'heure de la lippée,

Au menu, soupe miso aux idéogrammes.

Jardin persan

Quand t'es errant dans le jardin persan

Tu rencontres, là aussi, fatwa à l'idée,

Toute une brigade de félidés.

En voici deux d'ailleurs,

Et qui font mieux que miauler,

Du don de la parole, ils sont doués : le premier

Chat dit : « Rends

-Moi ma liberté »

Mais l'autr' chat dort et ne l'entend pas.

Jardin de la Terre Promise

Dans le jardin de la Terre Promise,

Où encore avec ses G.M. le G.O. Va,

L'ombre d'un grand mur

A fait pousser, orange, ô désespoir !

Le désert dans le désert.

On n'y voit plus qu'une pluie de papillons

Pas gentils

Kipa pillotent, maussades, autour

D'arbres de Judée bien dégarnis.

Jardin teutonique

Il est bien plus appétissant, le jardin allemand

Une petite envie de poisson ?

Viens donc pécher dans l'étang

Où foisonnent les brèmes et les lottes de Steinfurt.

Il y en a tellement que rhin qu'avec ça

Toute la Sarre dîne.

Une petite faim ? Une petite soif ?

Regarde au bout de l'allée

L'arbre géant à saucisses fumées

Qu'incise Horst, et dont s'écoule,

Dans le cornet de Fritz,

Une sève blonde et mousseuse.

Jardin transalpin

Ah ! Le jardin italien, en voilà un qui,

Je l'avoue, est un tantinet foutraque...

Des totos affreux, sales et méchants

Y mènent la Dolce Vita !

Mais quelle belle collection de statues,

Ici, la Gorgone, Zola, et Mozart est là. Entre les deux,

Conrad Ier l'empoisonné ;

De son doigt, le sire accuse.

Jardin africain

Sur le jardin africain, hum..., j'émettrais... quelques réserves...

Oh, tu peux venir si tu n'as pas les jetons

Mais, je t'en conjure, sans tes rejetons !

C'est qu'au son des tam-tams,

On s'y conduit mal ! Ah ! oui, on peul dire

Tous s'y livrent sans boubou ni flafla.

A la nouba, la bamboula et tout ce qu'il y a de plus bas.

Par exemple là, dans ce coin de savane,

Où est passé l'habit d'Jean ?

Et devine ce que fabrique

Cette antilope hétéro toute numide ?

Non tu ne te trompes pas, elle fait du gnou

A ce drôle de zèbre, oui là, celui au teint jaune.

Tu entends ce qu'elle lui dit, la friponne ?:

« D'accord pour une passe...

Mais à une condition, que tu me paies en hyènes. »

Jardin océanien

Dans le jardin océanien,

L'acacia et le gardénia chantent l'opéra

Comme Nellie Melba. C'est extra.

Mais que le livret soit en anglais

Dès l'abord y gène. Pourquoi pas en kala lagaw ?

Pas de soucis avec l'eucalyptus, il est aphone.

Juste en dessous, dans une cage, un pauvre dingo.

Son incurable démence émeut

Ses frères à poils ou à plumes,

Du kangourou amateur d'ANZAC

Au casoar buveur de quokka.

Quant au crocodile ne perlent à ses yeux

Que deux grosses larmes feintes.

Jardin russe

Aimeras-tu le jardin de Russie ?

Pas si sûr... vu qu'on ne trouve ici

Qu'un kiosque à moujik tout rouillé

Où se produit une super tsar

Au talent pourtant guère épais.

Un conseil, viens en hiver, quand la neige le sublime,

Y faire un tour en troïka avec à la place du mort Maxime,

Féodor, Anton, Alexandre ou Léon

Pour illustre compagnon.

Jardin yankee

Juste en face, en forme de pentagone,

Il y a le grand parc américain.

Tu l'aurais vu avant que l'invasive fleur de mai,

Ne le recouvre tout entier... Un vrai Jardin d'Éden !

Las, son bois de houx s'est desséché

Et le long de l'allée du mur ses roses jaunes se sont étiolées.

S'y dresse bien encore une baraque

Qui fait rêver John, Ken, Eddie...,

Et les oiseaux ne l'ont pas tout à fait déserté :

Beaucoup de faucons, quelques colombes et un seul coq de Hitch.
Mais évite le canard orange

Et les tuit tuit moches qu'il fait avec sa trompe.

Viens plutôt dans la parcelle Sud

Écouter blueser Billie.

C'est là, sous des arbres aux fruits étranges

Qu'elle fait ses sessions.

Tu pourras y rêver de chevaux fous et de taureaux assis

Qu'ont fait fuir il y a bien longtemps déjà

Des tirs de canyon à blancs.

Jardin mexicain

Né en des temps archaïques

Des sauvages amours

D'un aigle royal et d'un serpent crotale

Qui sous ses assauts se tortilla,

Voici, piquant et mystique,

Tout hérissé de ses cactus cierges,

Le jardin mexicain.

Mais il n'est pas que hiératique, parfois on y rit haut.

As-tu remarqué par exemple

Ici, entre la mini pyramide et la villa Pancho,

Ce sombre héros tout affairé

A séduire une señorita ?

Il ne voit pas qu'il en fait trop, le macho, il la gave.

A la fin, c'est la revolución, elle lui crie :

« T'es qui là pour me draguer comme ça ? »

Jardin hexagonal

Le jardin hexagonal, c'était de tous

Le plus beau.

J'y fis d'ailleurs mes premiers pas.

Entre six troènes, le long d'allées bien tracées.

Mais aujourd'hui, ça se corse. : il se dégrade

Tous les jours davantage ;

J'ai peur qu'un jour creux sa carcasse sonne.

Il a de beaux restes cependant :

Truffaut, son jardinier, s'efforce de lui garder une âme

Jules y chouchoute son renard et Paul ses ânes.

Il y a un bon tavernier à la buvette,

Et le kiosque est ouvert à tout lézard

Mais pour les conifères, ça sent le sapin

Et Maya l'abeille n'y retrouve plus son chemin

Pire, l'entrée t'est maintenant interdite

Si tu ne montres pas patte blanche.

L'aimeras-tu encore, mon beau jardin, avec ses panneaux en rosbif,

Ses gardiens casqués et bottés,

Sa blanche colombe encagée,

Son effigie de Marianne fracassée

Écroulée parmi des fleurs de lys piétinées ?

Voilà, c'est fini. Il est bien sûr d'autres nations

Qui vagabondent dans mon imagination.

Mais au tour du monde nul n'est tenu

Et puis je crains, avec un sujet aussi ténu

De te lasser, lecteur malin, fine lectrice.

Alors vite, pour calmer ma fièvre créatrice,

Une ou deux gélules de sureau noir...

Tous les mots sont partis sauf un, bonsoir !

18

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !