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Vie et mort

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Xavier Delgado

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On a toujours le choix
Charles Diaz




Et Dieu dit  : «  Tue-la.  »
Et je répondis  : «  Va te faire foutre.  »

Parce que dans un couple, l'amour sans amour est aussi stupide que l'amour sans amour.
Ceci est l'histoire d'une vie qui a cherché la Vérité. Et qui a fini par comprendre que la Vérité n'était pas tout, et, surtout, que l'on ne peut pas tout savoir.
Même Dieu a besoin de Satan, et Satan a désespérément besoin de Dieu.

Je suis l'Archange Ex. J'ai passé ma vie à défendre Dieu et ses croyants. J'étais de tous les combats. Je me suis battu un nombre incalculable de fois. J'ai répandu le sang. En quantité. Convaincu que ma guerre et ma cause étaient Justes. J'étais dans le Bien. Et les autres, dans le Mal.
Jusqu'à un certain jour...

Je ne peux pas dire exactement lequel. Mais je l'ai vue. C'était une petite diablotine blessée. A terre. Elle m'a regardé. Et elle m'a dit la Vérité. Je me suis dit que ce n'était pas normal. Le Mal, c'est le mensonge. Le Mal c'est la cruauté. Et alors...
Dieu dit: « Tue-la. »
Je ne pouvais pas. Je ne pouvais vraiment pas. Le Bien. Protéger les faibles. Je ne pouvais pas la tuer. Alors, alors je répondis  : «  Va te faire foutre  ».
Et je l'ai ramenée à la vie. En faisant le Bien, j'avais trahi Dieu.
Et Dieu essaya de la tuer. Alors je la défendis de mon épée. Dieu en avait une sacrée paire. Mais il n'avait pas l'air aussi invincible que je le croyais.
Toutefois, Dieu, c'est Dieu. Et moi, j'étais un pauvre Archange.
Je réussis à quitter le monde des cieux avec ma petite diablotine.

Nous étions dans la campagne. Il faisait nuit. La lune était pleine. Elle éclairait la nuit de mon cœur.
_Comment t'appelles-tu, lui ai-je demandé.
_ In, dit-elle.
_ Viens avec moi, dis-je. Ils ne tarderont pas à venir.

Elle avait des cheveux sombres. Elle était vraiment, vraiment, belle. Pas parfaite, non. Pas la plus belle. Mais elle était la première qui ne me mentait pas. Elle, qui avait cette cicatrice dans les cheveux, ne me mentait pas. Et je n'avais pas besoin de lui parler. Nous parlions avec les yeux. Avec le cœur. Avec l'amour. Elle avait peur de moi. Elle ne voulait pas me faire du mal. Et moi non plus, je ne voulais pas lui faire de mal. Je voulais qu'elle soit heureuse. En un mot... Enfin, c'est toujours le plus dur à dire lorsque c'est vrai. Mais, je crois, je pense, j'espère qu'elle le savait.
J'avais l'impression que c'était, peut-être, le début de la plus grande, la plus belle histoire d'amour de tous les temps. Que ce serait très dur. Mais très dur. Et dangereux. Mais, comme on devrait le dire, c'est bien plus beau lorsque c'est difficile. Presque impossible. Presque. Mais pas impossible. Parce qu'elle m'a parlé. Parce que, avec les yeux, nous nous sommes dit la Vérité. C'est simple, la vérité. Mais c'est très compliqué, aussi. Moi le premier, j'en étais tellement certain, de la foutue vérité. Jusqu'à ce que je la voie. Alors, je l'ai prise dans mes bras. Pas pour l'embrasser. Juste pour la rassurer. En bon archange que je suis. Mais elle n'a pas voulu de ma protection. Je lui ai dit:« N'aie pas peur ». Et elle m'a répondu qu'elle savait. Je ne comprenais pas qu'elle avait peut-être peur qu'elle, me fasse du mal. Tout comme moi. Mon boulot, c'est de tuer tout ce qui est Mal. Et maintenant, me voilà à défendre une diablotine. Moi. Le grand archange. J'avoue que j'étais un peu confus.
Alors, je me suis dit qu'il fallait que je devienne un peu plus comme elle. J'ai triché. Je lui ai fait un sourire qui ne venait pas du cœur. C'est facile, de tricher et de faire le Mal. Enfin, c'est ce que je croyais. Elle fit apparaître par magie un jeune incube. Et elle l'embrassa. Elle m'avait fait mal. Mes mains se crispèrent. Et je sentais une profonde, intense colère en moi. Pas contre elle. Même au plus profond de la folie, je ne lui ferais pas de mal. Mais l'incube... L'incube... Ce type que je pouvais écraser d'un geste... Remarquez, l'incube n'en menait pas large non plus. Il voyait bien que j'avais le pouvoir de l'écraser. Mais je ne l'ai pas fait.
Alors, c'est là, que tout risquait de s'achever. Je me suis approché d'elle. Mais elle m'a dit de partir. Que vouliez-vous que je fasse  ? Je suis parti.
Et là, j'ai réfléchi. J'ai pensé à Père. J'ai pensé à elle. J'ai pensé à beaucoup, beaucoup de choses. Et j'ai compris que même Père m'avait fait du mal, il m'aimait.
Mais, à cause de mes actes, Père m'avait abandonné. Enfin, pas complètement abandonné. Mais même Lui ne peut pas rester aux côtés d'un archange, ce qu'il de plus cher au monde, et qui a levé la main contre lui.
Le lendemain, j'ai revu la diablotine. Elle était avec l'incube. Je me suis dit que, comme je l'aimais, c'était peut-être de cela qu'elle avait besoin. Mais...
Un archange est très fort. Mais je n'ai pas l'habitude de tricher. Et elle a vu ce que je pensais, dans mes yeux. Maintenant, j'espère, de tout mon cœur, qu'elle saura voir là la preuve de mon véritable, et je l'espère, dernier amour.


***


Je suis seul. Elle est partie. Et la colère monte. Je n'avais plus qu'elle. Plus de famille. Juste elle. Et elle est partie. Et le pire... Le pire... Ce qui me rend encore plus triste, c'est que... Je crois, oui, je crois qu'elle m'aimait. Elle m'avait donné un peu de lumière. De sa ténébreuse lumière qui fait tant de bien.

J'aurais tellement aimé lui dire, à mots doux, avec l'âme. Que... Qu'est-ce que je pourrais dire ? Trois mots. Impossibles à dire. Parfois, pour dire ces mots, il faut avoir les couilles de Dieu. Quand c'est vrai.
Je voulais juste lui dire que je l'aurais protégée. Des autres. Mais surtout d'elle-même. Que j'ai tellement besoin de cet amour. Qui n'est pas un putain d'amour impossible.

Et maintenant, je suis seul. Sans l'aide de Dieu. Ni celle de Satan. Comme un enfant abandonné dans le monde d'adultes.
Mais un enfant plus fort qu'une armée entière de légionnaires. Et avec une immense tristesse dans le cœur.
J'ai quitté le ciel. Me voici parmi les humains. Que je connais, en somme, assez peu.


***

un an plus tard...

Cela n'a pas été facile, d'oublier le ciel. Il était toujours en moi. J'ai appris à aimer la paix. Mais j'ai connu tant de souffrance, tant de violence, que je suis très vite devenu Centurion de l'Eurokorps. J'aime mes hommes. Et ils me respectent.
L'avantage, lorsqu'on est un soldat, c'est que l'on n'a pas besoin de penser à la Critique de la Raison pure. Et cela repose. On ne pense pas à la politique. Juste à ce que l'on doit faire. Ici et Maintenant.

Mars, un an plus tard

Des dissidents martiens ont voulu prendre leur indépendance. Je suis sur le champ de bataille. Les armées sont face à face. Nous nous tenons à couvert. Mais nous sentons des putains de frissons. Eux comme nous, je pense. Je pense à Napoléon, qui haranguait ses troupes. Il faut que je les enflamme. Que j'enflamme cette foutue armée, et la mener à la victoire.
« Soldats ! Nous sommes ici, car nous devons l'être. Je vous demande de ne pas vous battre pour vous, ni pour moi. Battez-vous pour Euroka ! Et croyez-moi, tous les dieux de l'univers vous regardent. Soyez-en dignes ! Battez-vous jusqu'à la mort ! »
Et une profonde et terrible clameur monte. Ils sont enragés.
« Soldats ! A l'attaque ! »
Et nous sortons des tranchées. L'ennemi fait de même. Nous sentons nos couilles qui nous insufflent le courage.
« Feu ! Feu à volonté ! Donnez tout ce que vous avez ! »
Et la guerre rugit sa colère. Le sang coule de partout. Les tripes, le vomi, la merde, la pisse, toute les saloperies qu'on peut inventer sont là. Nous les sentons. Nous les vivons.
C'est une extase. Presque un plaisir... Que nous paierons cher dans nos cauchemars.
La fatigue est là. La folie... Je ne vois que de la haine.
Mais... Mais nous finissons par les mettre en fuite.
Alors je respire.


Paris, Elysée un an plus tard.

_ Bien, dit In. Je veux le pouvoir. Et je l'aurai. Quoi que je doive faire.
_ L'armée est prête, dit Gwas, son général.

Un homme au regard sans fond dit :
_ Holovision dans 5 secondes... 4... 3... 2... 1... Il fait un geste de l'index.

« Français, Françaises, dit In, mes chers compatriotes. Aujourd'hui est un jour historique. La France va retrouver son indépendance. La France redeviendra ce qu'elle a été. »

Strasbourg, Parlement européen

_ Holovision dans 5 secondes... 4... 3... 2... 1... Geste de l'index.
« Français, Françaises. Mes chers compatriotes. Ensemble, nous avons accompli de grandes choses. Nous pourrons en faire d'autres. Car la France, ce n'est pas le liberalisme. La France, ce n'est pas les démocrates, la France, ce n'est pas le socialisme. La France, c'est la Liberté. La France, c'est l'Egalité. La France, c'est la Fraternité. La France, c'est la France éternelle. »

Paris, Elysée

In dit : « Déclenchez l'attaque. Ce que nous n'aurons pas par la loi, nous l'aurons par la force. »

Verdun

Pourquoi Verdun, me direz-vous ? Peut-être était-ce le destin. Ou simplement l'endroit où on a compris toute la valeur de la Paix.

Les deux armées se font face.
« Armez les ogives nucléaires, dit-elle. »
Alors j'ai dit :
« Armez aussi les ogives. »
Ex ! Rends-toi. Ou je tue tout le monde.
Alors je suis sorti du blockhaus. Seul. Face à toute l'armée ennemie.
Et je lui dis : « Tue-moi. Ou aime moi. A un moment, il faut choisir. »
Elle sortit aussi de son bunker. Elle s'avança. Nous étions seuls. Seuls entre deux armées.
Et...

L'amour éclata dans toute la beauté d'un baiser.



Peut-être que Dieu, Satan et les anges n' existent pas. Qui suis-je pour le savoir  ? Mais ce dont je suis sûr, c'est que, tout comme le souvenir des morts, ils peuvent exister en nous. Et Dieu et Satan se ressemblent beaucoup.

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