Odin et Frigga

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Les nuages étaient blancs. Ils tournoyaient dans le ciel, comme des toupies. Ces nuages n’étaient pas des nuages ordinaires, mais les vastes régions de l’univers, qui contenaient mille mondes dans chacune de leurs couches. Le soleil lui-même n’était pas une étoile ordinaire, mais une sphère gigantesque qui contenait toutes les étoiles de l’univers, incluant celles qui allaient naître. C’était la Mère solaire, là où toutes les étoiles naissent et meurent.
Le monde qui recevait la lumière de la Mère-Solaire reflétait sa beauté par son pâturage recouvert de fleurs. Ces fleurs, bleues, rouges, vertes, jaunes, blanches, violettes, dansaient leurs couleurs alors que le vent faisait bouger leurs pétales. La danse des fleurs produisait une symphonie merveilleuse, mais mystérieuse, où aucun mortel ne pourrait en discerner le thème et en saisir la signification. Autant chercher à comprendre pourquoi le ciel est bleu ou pourquoi les étoiles tombent du ciel. Mais tous seraient charmés par cette mélodie, qui leur apporterait le confort et la paix, au prix d’y laisser leurs âmes. La mélodie des fleurs était envoûtante, comme le chant d’une sirène. Aucun ne devrait écouter cette musique, de risque de succomber sous l’hypnose mystique du chant.
Ce monde était magnifique, mais dangereux. Il ne portait pas de nom, car, il n’a jamais été nommé, et il ne le sera jamais. Ce monde n’était pas un monde pour les vivants ou les morts, ni encore pour les Ases, les Nornes, les Nains, les Elfes ou encore les géants. Ce n’était pas un monde, mais un gardien. Un espace situé dans le milieu de l’univers qui protégeait son bien unique; l’Irminsul, le pilier du ciel.

Et la maîtresse de ce monde, ce lieu que nul ne pourrait identifier, était Frigga, la future reine d’Asgard, bien qu’elle ne porte pas encore la couronne.
Frigga n’avait point besoin d’un diadème pour régner. Ce monde était sien. Son pouvoir était omniprésent sur les vallées et les montagnes. Elle voyait et entendait tout. C’était elle qui commandait la mélodie envoûtante des fleurs. Le pouvoir venait de sa propre voix. Lorsque le jour se lèverait, elle chanterait depuis les pics des montagnes, qu’elle avait façonnées de ses mains douces, mais solides, et les fleurs répéteraient son chant, tel un choriste.
Et c’était elle aussi qui faisait tournoyer les nuages dans le ciel. C’était ses cheveux qui en inspiraient les mouvements et les rythmes. Le vent faisait fouetter ses mèches, et les nuages répétaient les mouvements des cheveux de Frigga, emportés par la bourrasque. L’humeur de Frigga était la maîtresse des nuages. Si elle était joyeuse, les nuages deviendraient blancs comme la neige. Si elle était en colère, les nuages devenaient noirs et déchaînaient un orage. Si elle était triste, les nuages feraient pleuvoir l’eau, ce qui permettait la nutrition de ses fleurs, ses enfants, comme elles les considéraient. Et Frigga aimait ses enfants, mais en pensant au jour funeste où elle devrait quitter son monde pour un destin meilleur, elle se mettrait à pleurer, et la pluie apporterait l’eau. Et les fleurs boiraient l’eau apportée par la peine de leur mère, mais ils continueraient de chanter, jusqu’à la fin des temps.
Et ce jour finit par arriver, aussi certain que la mort ou la naissance d’un nouveau-né.

Frigga était assise sur les pics de ses montagnes, en train de chanter pour apporter la musique à ses fleurs, lorsqu’elle fût surprise de voir l’arrivée d’un groupe de guerriers. Ils marchaient sur un chemin argenté, composé de dalles grises où chacune était tracée par les runes magiques. Frigga resta sur les montagnes et observa les guerriers pour découvrir leur intention.
Ils étaient trois hommes accompagnés de deux loups et de deux corbeaux. Les corbeaux volaient dans le ciel et servaient de guide pour les guerriers, qui portaient leurs armes sur leurs dos. Les loups surveillant les flancs et protégeaient leurs maîtres, tels des chiens honorables et obéissants.
Les trois guerriers n’étaient nul autre qu’Odin et ses frères Vili et Vé. Odin était habillé dans son armure, qui était aussi dure que l’écaille d’un dragon, et qui était caché sous une grande cape qu’il portait sur lui. Il tenait fermement dans sa main une lance dorée, avec une pointe tranchante façonnée dans du fer. Ceci n’était pas la lance célèbre Gungnir, qu’Odin posséderait grâce à la ruse de Loki. C’était la lance Fraunin, l’arme qu’Odin avait employée pour vaincre le géant Ymir lors de la première guerre entre les dieux et les géants, où le duel cataclysmique entre les deux titans avait fracassé le gouffre du Galungagung.
Odin ne ressemblait pas au héros imaginaire que Frigga aurait pensé. Il ressemblait plus à un vieillard qui utiliserait sa lance comme appui plutôt qu’un noble guerrier, brave et vaillant. Pourtant, elle était intriguée par sa présence autant qu’elle se sentait défiée par cette invasion. Elle décida alors de passer à l’attaque.
Elle leva sa voix dans les montagnes et les fleurs se mirent à chanter leur mélodie endormante. Les premiers à succomber au sommeil furent les loups, qui eurent le malheur de respirer le pollen des fleurs. Puis, Vili et Vé faillirent à leur tour et tombèrent dans les champs, endormis, mais heureux et apaisés, comme si la magie des fleurs les aurait transportés vers les fontaines d’hydromel du Valhalla. Seuls les corbeaux, battant leurs ailes noires pour s’élever dans les airs, réussirent à s’échapper du chant, mais ils furent obligés d’abandonner leurs maîtres.
Étonnée, Frigga vit que seul Odin était immunisé par son charme. Elle voulait connaître son secret, tout en apprenant le motif de son trépas Elle descendit alors de ses montagnes et vint rejoindre Odin, qui essayait de réveiller ses frères, sans succès.
Il la vit alors s’approcher de lui. Jamais dans son existence n’avait-il connu une déesse aussi belle que Frigga. Mais la sagesse d’Odin ne souffrait aucune rivalité, qu’elle soit mortelle ou divine. Il comprit que c’était elle l’ensorceleuse et lui offrit son accueil avec la pointe de Fraunin. Frigga, aucunement impressionnée, puisqu’aucune arme faite de métal ne pourrait lui faire de mal, continua de s’approcher de lui, n’ayant aucune peur dans ses yeux. Impressionnée par le courage du vieillard, elle ordonna à ses fleurs de se taire, et le monde dont elle était la gardienne devint aussi silencieux qu’une tombe
-Vile enchanteresse!, rugit Odin alors qu’il se préparait à se défendre. Réveille mes frères et mes animaux immédiatement. Ceci est mon commandement, et vous trouverez bon de m’obéir.
-Audacieux. C’est bien ce que vous êtes, Odin. Orgueilleux, même. Vous venez en ce royaume comme s’il était le vôtre, et vous appelez en moi ma soumission, tel un maître tyrannique qui exige l’allégeance de son serviteur.
-Vous êtes familier avec mon nom? Alors, vous devez connaître ma puissance.
-Votre puissance ne se limite que dans vos bras, Odin. Certes, vous avez vaincu le géant Ymir, bien que vous n’ayez pas accompli cet exploit par vous-même, mais est-ce le résumé de votre puissance, où pourrait-il se poursuivre vers une plus grande saga?
-Je peux faire plus que détruire. Je peux créer. Par le corps même de mon ennemi, j’ai façonné un monde. Mitgard, si vous ne connaissez pas déjà le nom. De la carcasse de la mort, j’accorderais la domination de la vie, bien qu’elle soit temporaire pour tous les êtres.
-Oui, cela est vrai. Vous êtes le père d’un monde nouveau, venu recouvrir le gouffre sombre et néant du Galungagung. Vous êtes «père de tous». Enfin, père de tout ce qui sortira de ce monde et de vos concubines. Mais un père ne devrait-il pas rester auprès de son œuvre alors qu’il est encore dans son berceau? Qu’espérez-vous trouver ici, Odin?
-Un père ne doit pas abandonner ses enfants, cela, vous avez raison, mais il doit également trouver la sagesse. Il doit percer le secret des runes pour établir les lois de la moralité, du courage et de la fortitude. Hélas, je ne détiens aucunement ce secret. J’ai parcouru les neuf mondes, mais je n’ai pu trouver le secret. Je suis un égaré dans la noirceur, en quête de la lumière. Ceci est ma confession, et je suis prêt à défendre mes paroles, même contre la plus puissante des enchanteresses, et peu importe le nom qu’elle porte.
-Le nom de l’enchanteresse est Frigga, et je suis la gardienne de l’Irminsul. Et je dois supposer que c’est bien l’arbre cosmique qui vous attire en mon royaume.
-L’Irminsul est la source de la sagesse dans tout l’univers. C’est bien l’Arbre cosmique qui est au centre de mon questionnement. Et si vous êtes la gardienne, vous me céderez le passage et l’usage du bien le plus sacré de notre univers.
-Je ne cède nullement mes biens gratuitement, peu importe si vous êtes le façonneur des mondes. Le destin m’avait révélé que le jour viendrait où l’Irminsul accueillerait un noble guerrier qui rechercherait la sagesse. Mais le nom et le mérite sont loin d’être suffisants pour écarter mon doute. Vous n’êtes pas le premier à venir me voir, et beaucoup étaient encore plus puissants que toi, Odin. Ainsi, je vous proposerais un pari, puisque je vois que vous êtes le plus vaillant de tous. Je vous céderais le passage et libre sera à vous de poursuivre votre destin. L’Irminsul, en revanche, décidera de lui-même s’il désire partager sa sagesse avec vous. Mais je ne vous laisserais pas la liberté de parcourir mon domaine sans recourir un paiement.
-Eh bien, si le paiement est requis, dit Odin en rangeant sa lance, le dieu de l’honneur se voit en devoir de payer la dette. Exigez, et je vous remettrais ce qui vous a été dû, Frigga, gardienne de l’Irminsul.
-Vous poursuivrez votre route seul. Vos frères et vos animaux domestiques seront réveillés à votre retour. Vous me remettrez en tribut votre lance.
-Vous me laisserez sans armes? Sans pouvoir me défendre?
-Un examen de courage. Vous le refusez?
-Nullement, car, le besoin ne concerne pas seulement moi, mais tous les êtres qui naîtront sur Mitgard.
Odin offrit sa lance, mais Frigga ne le prit pas.
-Pas de précipitation, honorable Odin. Il existe encore un autre sacrifice que vous devez me remettre. Votre œil. La gauche ou la droite, je vous laisserais le choix.
-Que pourriez-vous avoir d’usage avec mon œil?
-La sagesse est une chose invisible. Nous n’avons point besoin de le voir pour l’obtenir. Mais la sagesse ne peut être acquise sans une propitiation. Et ceci sera mon pari. Si vous parvenez à trouver l’Irminsul en étant borgne, vous serez digne de sa sagesse, ainsi que de mon respect.
Cette fois-ci, Odin ne dit rien. Le sort était décidé, et il ne lui restait plus que de passer à l’acte. Le dieu porta la pointe de sa lance sur son œil gauche, car il avait toujours préféré son œil droit. Et la lance déchira sa chair pour découper son œil de son orbite. Le sang tomba de son œil, éclaboussant les pétales de Frigga. Frigga, impressionnée de voir qu’Odin était encore plus courageux qu’elle ne l’aurait prévu, accepta son offre et laissa Odin partir.
Odin, rendu borgne, mais davantage plus résolu, traversa les pâturages de fleurs. Il grimpa avec ses propres mains les montagnes où Frigga restait vigilante. Sur le plus haut sommet de ces montagnes, parmi les nuages et les étoiles, il atteint l’Arbre cosmique; l’Irminsul, l’arbre de la sagesse. Le pilier du ciel et de l’univers.
De ses hautes branches, l’Irminsul captait le savoir de l’univers. Odin eut l’idée de se pendre par les pieds sur la branche la plus forte de l’Irminsul afin d’être plus qu’un avec l’arbre cosmique. Mais en faisant ci, son sang coula depuis son œil perforé, mais Odin endura la douleur, demeurant confiant de son destin.
Pendant neuf jours et neuf nuits, Odin demeura là, pendu à l’Irminsul. Immobile et silencieux. Il captait le savoir de l’Irminsul, mais il ne sût pas combien de temps il devrait rester là. Chaque heure qui passait au-dessus de sa carcasse augmentait le tourment de son esprit. Il se souvint d’Ymir et de tous ses fils qu’il avait tués durant la guerre entre les dieux et les géants. Il voyait dans sa tête le visage de tous ses propres guerriers qui furent sacrifiés pour assurer la domination des dieux sur Mitgard et le cosmos. Et il tenta de voir également les futures générations, mortelles et immortelles, sans discrimination, et imaginait tout le bénéfice qu’ils recevraient, en même temps que lui-même, dès qu’il serait en possession du savoir. Il regrettait simplement de devoir endurer cette épreuve par lui-même. Il aurait aimé que ses frères soient là, à ses côtés. La solitude lui était aussi blessante que la mutilation.
Frigga vint le voir la première nuit et repartit. Elle était seulement venue le voir pour témoigner de son endurance, mais elle repartit, et Odin ne put que la voir brièvement. À la seconde nuit, elle vint lui demander s’il avait acquis la sagesse, et si la douleur justifierait sa récompense. Odin répondit que la douleur était supportable, bien que sa voix fût géhenne. Frigga en fût blessée. Elle admirait la force d’Odin, mais elle peinait de le voir en agonie. À la troisième nuit, elle revint avec une couverture et elle essuya la blessure de l’œil d’Odin. Mais le sang continuait de tomber. Elle craignait que l’ombre de la Mort pèse sur le dieu. À la quatrième nuit, elle revint avec un bandage magique qu’elle recouvrit sur les yeux d’Odin. Le bandage aidait les cicatrices à guérir, mais les gouttes de sang continuaient de tomber sur les pieds de l’Irminsul. C’est ainsi qu’au cinquième soir, Frigga revint avec un bol de pierre pour recueillir le sang d’Odin. Elle lui apporta également du pain et de l’eau pour l’aider à oublier sa douleur. Odin fut gratifiant à Frigga. Pour la remercier, il voulut satisfaire sa curiosité en lui racontant la vie d’Asgard, où il était souverain. Frigga, pour sa part, s’emporta dans la joie d’écouter les récits d’Odin et elle lui raconta sur son passé. Odin lui demanda qui était ses ancêtres, mais Frigga lui dévoila qu’elle n’avait pas d’ancêtres. Elle était fille de nulle personne, mais elle se considérait comme la mère de la nature.
-Vous devez être peinée d’être seule, dit Odin alors qu’il était toujours pendu sur les branches de l’Irminsul.
-Pourquoi posez-vous cette question?
-Je ne pourrais endurer le chagrin de passer une journée sans connaître les noms de ma mère ou de mon père.
-Mais ce n’est pas pour retenir des noms que vous gardez en mémoire vos parents. Ils doivent avoir mérité votre affection.
-Si, et même plus. Hélas, ils ont péri dans la guerre contre les géants.
-C’est tragique et regrettable, dit Frigga alors qu’elle recueillait le sang d’Odin. Quels étaient leurs noms?
-Mon père était Bor, fils de Buri, et ma mère fût une géante nommée Bestla.
-Vous êtes la progéniture d’un dieu et d’une géante? Vous devez être unique dans votre royaume.
-Certes, mais je n’en tire aucune fierté. L’union de mon père et de ma mère fut à l’origine du conflit entre les géants et les dieux. Maintenant, les géants ne sévissent plus sur Mitgard, et les seuls survivants de ma famille sont moi et mes deux frères, Vili et Vé.
-Il semblerait qu’avoir une famille n’apporte autant de soucis que de joie.
-Sans doute, mais l’amour vaut plus que la douleur.
-Et c’est pour cela que vous avez sacrifié votre œil pour obtenir la sagesse de l’Irminsul? Pour témoigner de votre amour sur les êtres de Mitgard, tel un père qui démontre son affection à ses fils et filles?
-Je ne serais rien d’autre qu’un guide pour eux. Un sage vagabond qui irait ici et là pour souffler dans leurs oreilles mes connaissances et mes conseils. Pour ce qui est de l’amour, ils doivent le découvrir par eux-mêmes.
-Il se pourrait que l’Irminsul vous lègue déjà son savoir. Peut-être que ce n’était pas une erreur que je vous laisse escalader mes montagnes.
Aux sixième, septième et huitième nuits, Odin resta pendu sur les branches de l’Arbre cosmique. Il avait déjà acquis autant de sagesse qu’il n’aurait pu imaginer. Avec la connaissance de l’Irminsul, il pourrait facilement déchiffrer les secrets des runes et s’exprimer dans la langue de la poésie pour apparaître sage devant ses sujets.
Mais lorsque la neuvième nuit s’abattit, Odin fût ébranlé par un sortilège invisible qui lui fût transféré depuis l’Irminsul. Il se tordit sur lui-même, faisant trembler les branches. Il délirait en parlant avec des cris d’agonie, comme s’il était tourmenté par des démons noirs. Ce fut ainsi que Frigga le trouva, abandonné dans sa folie. Elle se dépêcha de couper ses cordes et il tomba dans ses bras. Elle réussit à calmer sa folie en lui chantant la mélodie hypnotique qu’elle avait utilisée pour endormir ses deux frères.
Lorsqu’Odin se réveilla, il tenta de retrouver ses esprits. Il contempla l’Irminsul pendant un bon moment avant de se tourner vers Frigga, qui s’était fait une épouvante durant son sommeil.
-Qu’avez-vous vu?
-Un malheur!, s’exclama le guerrier borgne, qui eut honte de trembler. Enfin, au début, je traversais un paysage de rêve, et après, je me suis rendu dans le royaume du cauchemar. J’ai vu l’avenir de tout. J’ai vu des civilisations, des mortels naissants et mourants sur les neuf royaumes du cosmos, des dieux régnant dans les cieux, des héros accomplissant des exploits inouïs, des innovations et de la poésie qui surpasse tout ce dont j’aurais pu concevoir par moi-même. Hélas, tous ces millénaires de bonheur et d’évolution ne seront pas éternels, car, l’Irminsul ne m’a pas caché leur fin. J’ai vu Ragnarok; le crépuscule des dieux et de tout ce qui existe. J’ai vu ma mort et la mort de tous mes enfants. Tous ceux à qui j’ai offert ma force et mon cœur vont périr dans la dernière bataille. Et tout périra dans le feu du Niflheim.
-Non, cela ne peut être le destin de l’univers.
-Pourtant, c’est bien la loi de celle-ci. Tout ce qui a un début aura une fin.
Même Frigga dut reconnaître la vérité dans les paroles d’Odin.
-Est-ce que l’Irminsul vous a révélé autre chose?
-Eh bien, oui. Nous pouvons encore espérer, puisque tout ce qui sera détruit renaîtra de ses cendres. Notre existence fait partie d’un cercle éternel qui rédige le parcours de la vie. J’ai vu un nouveau Mitgard renaître des ravages de la guerre, mais je ne serais plus là parmi les mortels pour leur apporter ma sagesse.
-Donc, regrettes-tu d’avoir quêté la sagesse de l’Irminsul?
-Non, au contraire, je suis heureux. J’ai reçu ce dont j’avais recherché, mais il m’a été révélé encore plus.
-Quoi donc?
-L’Irminsul m’a parlé de vous également, de votre destin. Seriez-vous prêt à l’entendre?
-Plus que tout au monde, Odin. Dévoile-moi ce qui m’a été dit.
-Ton destin est lié au mien. Dans les vastes halles d’Asgard, j’ai vu un roi et une reine, dont l’union donnera naissance à de nombreuses dynasties. Ces deux souverains veilleront sur les mondes du Cosmos et ils jouiront du bonheur de la vie autant qu’ils souffriront le malheur de la mort. Mais ils s’aimeront. Cela ne sera jamais un mensonge. Bien que dans leur existence, ils auront des aimants et que leurs enfants ne viendront pas toujours de leur propre alliance, leurs cœurs ne trahiront jamais leur désir pour eux-mêmes. Ils comploteront même l’un contre l’autre sur le sort des mortels et des immortels, mais seulement pour permettre à leur rivalité de fleurir leur passion.
Frigga n’eut nul besoin d’en entendre plus. Elle sut que c’était le destin qui était venu la chercher. Et elle accepta le destin, sans recul et sans peur. Elle n’agissait pas par obligation ou par soumission, mais également par la volonté.
Elle avait toujours sur elle l’œil d’Odin, qui conservait toujours sa fraîcheur. Usant de sa magie, elle transforma l’œil en un magnifique anneau doré, serti avec une parure rouge qu’elle remplit avec le sang d’Odin. Et là, Odin et Frigga accomplirent leur premier baiser.

Et ce fut ainsi qu’Odin et Frigga se rencontrèrent, et leur union engendra la naissance de maints dieux et déesses. Odin devint roi d’Asgard et le «Père de tous» du Cosmos. Frigga devint reine d’Asgard. «Mère de tous» fut son nom dans la cour, et elle fut la dirigeante des Valkyries, les femmes guerrières qui ramèneraient à Asgard les guerriers tombés au combat. Depuis la naissance de Mitgard jusqu’au Crépuscule des dieux, Odin et Frigga régneront en maîtres sur tout le cosmos. Odin partagea le savoir de l’Irminsul avec Frigga, et celle-ci devint la plus sage des déesses et des femmes, autant qu’Odin était le plus judicieux des hommes et des dieux.
Pour ce qui est de l’Irminsul, son secret fût gardé par Frigga. Elle ne révéla le secret qu’à son fils Balder, dieu de la justice, de la pureté et de la paix, quelque temps avant qu’il ne soit brutalement assassiné par la traîtrise de Loki. Mais lorsqu’adviendra le Ragnarok, il sera ressuscité des morts. Alors que les dieux et les géants seront détruits sur le dernier champ de bataille, ce sera Balder qui, en se souvenant des paroles de sa mère, qui amènera avec lui Ask et Embla, le dernier homme et la dernière femme de Mitgard, sur les branches de l’Irminsul, où ils seront protégés par les ravages de l’apocalypse. Et lorsqu’une nouvelle ère débutera, Ask et Embla seront les progénitures d’une nouvelle race d’Humains qui seront veillés par Balder et les nouveaux dieux et les nouvelles déesses. Et Balder racontera aux nouveaux Humains l’histoire des dieux, en commençant par la rencontre de son père Odin et de sa mère Frigga.

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