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Herbert drôle de pirate

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Valérie Grelier

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Longue fut la semaine, longs furent les jours ainsi que toutes les interminables minutes avant que Camille et Nicolas n’arrivent chez Herbert.

- Les cousins seront à la gare dans 20 mn. Qui vient les chercher avec moi ? demanda Maman.
- Moi, dit Herbert qui essayait vainement de s’occuper depuis plus d’une heure maintenant. J’prends mes chaussures, mon blouson et j’te suis.
- Préviens Antonin ! Je sors la voiture du garage.

Herbert affichait maintenant un sourire aux anges, impatient de retrouver ses cousins.
Lourd, puissant... un tel vrombissement annonça l’arrivée imminente du train. Les personnes qui se trouvaient sur le quai se reculèrent machinalement de la rame. Le très long nez du TGV venait de dépasser Herbert qui scrutait avec attention l’intérieur des wagons.
Les retrouvailles furent gaies et bruyantes : que de choses à se raconter, d’enthousiasme et de rires à partager. « Tu te souviens de ton chat tombé dans la baignoire, des araignées en plastique mises dans le lit de Marie. »

Arrivé à la maison, Herbert lança : « Tous au grenier ! » Les cousins déposèrent leur valise tout près de l’escalier, demandèrent l’autorisation de grimper, tout sourire, à la suite d’Herbert. Grenier rimait pour chacun des enfants avec déguisements, aventures, fous rires et uniques moments d’extraordinaire complicité.

L’œil gauche caché par un bandeau, un crochet en fer dépassant d’un moignon à la place de son bras droit, une jambe de bois côté gauche : John-Herbert Smith ou « Smith la terreur » pour les intimes était un pirate de fière allure.
Ses deux acolytes, Nic-Rapule et Cam-Moniaque-la-dangereuse, intimidaient au plus haut point. Peur, effroi, épouvante habitaient d’ailleurs quiconque apercevait « L’Ara fielleux ». Avait-on raison d’avoir peur d’un bateau orné à sa proue d’un perroquet ! Oh, que oui ! Ces pirates-là étaient terribles. Ils ne reculaient devant rien, ni devant le fer ni devant le feu.






Leur nouvelle mission ? S’emparer de l’île de la Tortue et y trouver le trésor caché depuis des centaines d’années. « Smith la terreur » ne ménageait pas ses ordres : « Allez bande de fainéants, ramez, ramez... du sur place et je vous donne à manger aux requins, rorquals et autres mammifères friands de vos sacs de viande ! Ou alors j’vous laisse moisir aux côtés de ces bonnes savonnettes * et d’ces petites fées-lorette*, vous m’en direz des nouvelles ! Mais avant cela, quelques coups de fouet ne vous feront pas de mal... » Aussitôt les rameurs activaient leur travail, baissant la tête afin d’éviter le regard aux éclats de rage et de feu du plus grand pirate de tous les temps...
Quelque temps plus tard, « Smith-la-terreur » retrouvait ses compagnons autour d’un verre, célébrant déjà la victoire prochaine. La tranquillité pour les rameurs était de courte durée car notre pirate boitillant, claudiquant irait bientôt d’un point à l’autre du bateau donner ses directives, menacer les flots trop tempétueux ou quelque pesanteur connue de lui seul. Tout devait aller selon son sens, faciliter la course de son fougueux bateau et lui permettre de trouver le trésor.
« Smith-la-terreur portait bien son nom. Tout être vivant tremblait à sa vue alors que rien n’effrayait le pirate. Maître à bord de son bateau, il se croyait aussi maître du monde.

Ah, tu me fais de l’œil ! s’écria Smith à son réveil alors que le soleil dardait de chauds rayons sur l’ « Ara fielleux ». Ecoute-moi plutôt !

Notre pirate se dirigea alors vers la proue. Les bras écartés face à la mer, fermant son seul œil valide, il prit alors sa respiration et d’une voix puissante et sûre entonna son refrain fétiche :
« Moi, pirate, ô mer
Sache que je te vénè-è-re
Sur ma frégate, ô mer
C’est toi que je préfè-è-re ! »

Compagnons et rameurs se tinrent bouche bée. Un simple gloussement et « Smith-la-terreur » serait rentré dans une colère indescriptible qui l’aurait sans doute conduit à massacrer quelques dos.
- J’ai faim, terriblement faim, s’exclama le plus grand chanteur de tous les temps ! Il trempa son crochet droit dans l’eau et ressortit peu de temps après un brochet ainsi qu’une magnifique sardine bleu argenté. Elle ne fit qu’une brève apparition car il l’avala aussitôt sortie de l’eau. « Qu’on me grille ce brochet ! je veux le déguster au plus vite. Les cuistos s’exécutèrent et un alléchant fumet vint illico chatouiller les narines des amis du pirate. « J’espère qu’il nous laissera un petit bout » murmura « Cam-Moniaque-la dangereuse. »



*Poissons de la mer des Caraïbes
« Bateau à tribord ! hurla soudain le timonier. L’ « Ara fielleux » vibra d’une nouvelle excitation : un accostage en vue, imaginez ! Bientôt les deux embarcations furent l’une à côté de l’autre. « A l’abordage ! » s’écria sans plus attendre Smith-la-terreur qui, d’une souplesse surprenante malgré sa jambe de bois, enjamba le bastingage de son bateau et se retrouva sur le pont de la frégate ennemie en deux temps trois mouvements. Il mit au point son attaque : regard d’acier de son seul œil valide ; bandeau des grands jours (le bandeau rouge avec une tête de mort noire dessinée dessus) ; bouche béante laissant voir ses affreuses dents (celles qui lui restaient) noires, immenses, abominables, prêtes à déchiqueter quiconque s’approcherait ; chapeau à tête de mort ; sabre célèbre pour avoir coupé plus d’un petit doigt à chacun de ses ennemis ; pistolet-crocodile prêt à attaquer...
« Smith-la-terreur » fonçait sur l’ennemi, le menaçait de son sabre, tirait plusieurs coups de pistolet en riant à gorge déployée. Un rire diabolique, funeste qui faisait bien souvent hérisser le poil de ses adversaires. Certains bravaient, se défendaient, assuraient la parade. Un coup à droite, un coup à gauche, sur le côté... Cette fois-là, Smith crut que son heure était venue. L’ennemi se battait comme un beau diable :

- Tu ne m’auras pas Smith, prends ça et ça ! A ce moment-là, l’épée d’Arthur O’Neel vint égratigner le côté droit du pirate qui poussa un hurlement d’ours blessé. Comme la bête, il bondit alors de toutes ses forces sur Arthur O’Neel qui tenta de résister mais, déséquilibré, il tituba avant de tomber raide mort, la tête la première sur l’une des marches permettant d’accéder au pont.

- Tu l’auras voulu, Arthur... ! s’exclama « Smith-la-terreur ». Jamais tu n’aurais dû me provoquer !

Les cris et les coups plurent de tous côtés. Il y eut de nombreux blessés et de nombreux prisonniers. Beaucoup préférèrent se rendre plutôt que d’endurer d’atroces souffrances.
Le valeureux pirate savoura enfin sa victoire. « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !” ce rire tonitruant, Smith l’expulsa du plus profond de ses entrailles et il résonna à des milles à la ronde. Les flots s’en souviennent encore.

- Allons, mes braves, sur l’île de la Tortue, triomphons et trouvons le trésor !

Il fallut naviguer des jours et des jours, des semaines et des semaines avant de pouvoir apercevoir le célèbre dôme de terre en forme de carapace de tortue qui donna le nom à cette île.

John-Herbert Smith avait mis au point sa stratégie. « Manfred-le-fidèle, les marins et les prisonniers devaient s’emparer de la population de l’île tandis que Smith, accompagné de Nic et de Cam tâcherait de mettre la main sur le trésor.
Le plus dur restait donc entre leurs mains. Faire acte de piraterie, se battre, maintenir des prisonniers : tout cela se révélait enfantin. Mais lire une carte, se repérer avec une boussole, déchiffrer des codes secrets : un sacré travail de détective et d’explorateur les attendait. L’accostage sur l’île se fit sans encombre. Smith nomma Manfred chef de l’opération « Torturerie » puis s’en alla rejoindre ses compères.

- Scorpion, babouk*et tarentule ! je n’y comprends rien. « Smith-la-terreur » montrait à Nic et à Cam de drôles de hiéroglyphes : une espèce de monticule avec au-dessus d’énormes volutes de fumée, des serpentins avec une ligne courbe en contrebas et enfin quatre boules disposées en carré et au milieu une énorme croix rouge.

- Scorpion, babaouk et tarentule ! s’exclamèrent à leur tour les compagnons du pirate.
A force de déductions, suppositions et autres réflexions, le trio parvint au message suivant : Dirige-toi vers le volcan dont tu peux apercevoir la fumée, avance jusqu’à la rivière, traverse-la et au-dessus tu trouveras quatre arbres disposés en carré : le trésor est au milieu !!!
L’excitation était à son comble chez nos détectives. Tout ce qui ressemblait à de la fumée suscitait des cris hystériques chez nos pirates persuadés d’avoir trouvé le volcan. Il leur fallut à de nombreuses reprises rebrousser chemin. Epuisés, ils finirent par s’asseoir pour se reposer un peu et finirent par s’endormir... au pied d’un cactus géant.

Le lendemain matin, ils s’étirèrent tous les trois en même temps. Smith n’eut pas le temps de chanter la chanson-pirate des grands jours. « Aïe, aïe, aïe » s’écrièrent Nic et Cam, les bras et les mains recouverts d’épines de cactus. Smith, quant à lui, enfilait sa veste posée à même le sol. « Scorpion, babouk et tarentu-u-ule » s’écria-t-il. « Maudites épines !!! » Mais ce n’était que le début des péripéties. Smith s’emmêla plusieurs fois les pieds dans des lianes, se retrouva ainsi à plusieurs reprises le nez à terre. Ronces et plantes urticantes ne manquèrent pas de piquer tout ce petit monde. Ils rencontrèrent même une plante carnivore qui faillit manger la main de Smith alors qu’il effleurait cette magnifique plante aux reflets changeants. Mais Nic et Cam apercevant deux belles dentes émergeant du cœur de la plante, dégainèrent leur épée et la décapitèrent sur le champ. La troupe reprit aussitôt sa marche, scrutant à la loupe le paysage. « Là, regardez là, les quatre arbres » entendit-on soudain. Nic avait le doigt pointé en face de lui. Les trois hommes sortirent les pelles et pioches qu’ils avaient emportées avec eux.
- Han, han, allons du nerf, que diable, déterrons ce trésor ! criait « Smith-la-terreur ».

Un grand tour, de la terre partout autour et toujours rien. S’étaient-ils trompé de lieu ? Mais soudain les trois pelles sentirent une résistance. Trois paires d’yeux s’interrogèrent, sourire aux lèvres. Ils eurent ensemble la même idée : sauter dans le trou et faire le nécessaire pour remonter ce qui ressemblait à un... coffre-fort.



*Babouk : sorte d’araignée

- Le trésor est à nous, le trésor est à nous ! Coups de pelle, coups de pioches sur le cadenas qui explosa instantanément en mille morceaux. Qui allait le premier découvrir les mille et une merveilles du coffre ?..

- Ce n’est pas po po po ssi bleeee !!! hurla Nic les yeux écarquillés.

- Scrogneugneu de scrogneugneu, cornes de bouc et groin de cochon ! pesta l’intrépide Cam.

- Montrez-moi mais montrez-moi, ordonna « Smith-la-terreur » le teint blafard, pressentant une mauvaise nouvelle. Scorpion, babouk, tarentule, crotale, mygale, eoraptor, constrictor, crème d’orties, lait de houx, hou la la, la cata !!!

Eh oui ! John-Herbert Smith aurait pu continuer encore et encore sa liste d’imprécations car il s’agissait bel et bien d’une terrible, épouvantable, affreuse, effroyable, catastrophique découverte. Pas de pièce d’or ni de lingot dans le coffre. Pas de bijou ni de joujou (si, si les pirates aiment bien). Pas de pizza ni de chocolat (les pirates, ils en raffolent !). Au lieu et place de ces attirants joyaux, de petits sacs de... crottes de nez séchées. Oui, vous avez bien lu, DES CROTTES DE NEZ SECHEES !!! Et pour égayer cette repoussante panoplie - retenez votre souffle, pensez au pauvre John-Herbert Smith - des colliers en PEPINS DE PASTEQUE !!!

- Camille, Nicolas, Herbert ! Cami-i-ille, Nicola-as, Herber-r-rt ! » Venez goûter, je vous ai préparé du bon riz au lait !

- Herbert, ouh, ouh, Herbert, ta maman nous appelle pour venir goûter !» Herbert ne bronchait pas, l’œil rivé sur le vieux coffre-fort de son grand-père Maurice (Momo pour ses petits enfants). Il souriait, repensant au drôle de trésor...

- Herbert, tu m’entends ? demanda, sourire au lèvre, Nicolas qui savait, pour bien le connaître, que son sacré cousin était encore parti au pays de l’imaginaire...

- Hein, oui, tu as dit quoi ?

- Ta maman nous attend pour le goûter !

Herbert eut bien du mal à quitter l’île de la Tortue malgré sa découverte ratée du trésor... Mais avec ses fameux cousins, il retrouva vite sa bonne humeur et tous les trois furent pris à plusieurs reprises de fous rires pour la plus grande joie de Claire, la maman d’Herbert.

« Vive les vacances, la belle vie commence
Les doigts de pied en éventail
Drôle d’épouvantail ! »

Ce refrain fut le tube de nos trois compères qui passèrent une semaine de rêves. Difficile de se séparer après de telles aventures... mais les cousins ne seraient pas sans se revoir.

- Le premier qui trouve une blague et qui l’envoie par mail reçoit un paquet de bonbons... J’vous laisse le temps d’arriver, ok ?
- Ok, Herby... s’écrièrent en chœur les cousins !

Inutile de vous dire qui trouva la blague le premier.

Mais il t’est possible à toi lecteur de lui en renvoyer... et Herby n’a pas dit quel cadeau te serait réservé.
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