Une Ballerine dans la série noire

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A ce miroir où je me regarde sans fin, Je réfléchis au reflet de ma peau moirée Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche, Et je tais les promesses de soirées, Non tenues dans les draps de ... [+]

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Ce soir, enivrée de bulles de soda,
Brunes et pétillantes dans l'alcool,
Une radieuse ballerine de l'opéra, 
Ivre de funk et de rock ‘n roll,
Quitte ses pointes, ses collants et son tutu
Dans l'effervescence du Whisky coca.
Les yeux en amande soulignés de khôl
Elle ressemble encore à ces gamines de Fanzine,
Qui se modèlent aux modèles des magazines
Gourmandes du French-Kiss,
Et qui jurent de leur vertu
Entre le papier glacé et le cuir des limousines,
Sur la banquette arrière d'une Hotchkiss
Et ses sièges rabattus.
 
Et pourtant je me la rappelle
En jupe de mousseline
Alors qu'un jour, jeune demoiselle,
La peau black,
Elle m'avait donné rendez-vous aux marées d'équinoxe
A l'aurore de l'automne
A la porte d'un petit hôtel,
Sur le Tarmac,
Entre Jobourg et Nègreville[1], en Cotentin.
Elle y était venue, fraiche et discrète
Muette, sans même un play-back,
Fébrile et tendue comme une boîte à ressort.
A ses lèvres fermées, une cigarette fumait encore.
Ses mains serraient contre sa poitrine une cantine en inox
Pleine de photos, trombones et bonbons, 
Lettres et souvenirs mauvais ou bons,
Colifichets et rubans enfantins,
Enfin tout un bric-à-brac,
Dans une boîte de Pandore.
Elle me l'avait tendue, à l'affut d'une réaction,
Riant déjà au monstre grimaçant qui en sort
Et ma feinte émotion.
Cardiaque !
Avant que je ne m'en étonne,
Elle m'avait demandé là, frémissante 
Après un baiser fort,
Toute entière à son retour à Cap Town,
De la lui garder à jamais celée, black box !
 
Petite, soit méfiante.
Ce soir, au bar du Springboks
Tu oscilles tes hanches de blue-jean,
Au rythme Africain syncopé des tambours 
Noire, étant passé le temps des boers
Entre les verres de gin,
La boule à facettes et les oripeaux.
Dans la nuit stupéfiante,
Tu ondules au son d'un jukebox,
Ivre et grise sans changer de peau.
Sur la piste parmi d'autres mammifères,
Tu danses, le blanc des yeux révulsé
Dans des spasmes convulsionnaire,
Sous le regard de clients interlopes
Qui s'amusent à l'écume de ta bouche émulsée.
Tu te trémousses au rythme de la musique
Le sang de ton cœur à tes tempes pulse,
Arrachant les olas des effets psychotropes,
Du tournis d'une danse héliotrope,
De la chaleur, des coulures cosmétiques,
Les joues zébrées de rimmel
Avant qu'on ne t'expulse
Et que la nuit t'emporte
Dans la moiteur, la sueur et les décibels.
 
Avant de partir, petite, soit prudente
Le lion à 2 pattes[2] sur les pistes de macadam
Rôde, et croque tes frères à pleine dents,
Et, le chant des sirènes, au bord de l'océan,
En entends-tu, la complainte stridulante
Qui monte du fond des abysses,
N'est pas de l'opéra le chœur d'un oratorio
Mais le son des sirènes de la police
Quand tournent au drame
Les scènes qui dans les ténèbres se mêlent à mon scénario
De la ballerine au fond de la série noire

 
[1] Jobourg est l'autre nom de Johannesburg, c'est aussi avec Nègreville un village de la presqu'île du Cotentin (France)
[2] Expression en Afrique du Sud désignant les rôdeurs malintentionnés
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Fred Panassac · il y a
Un poème envoûtant quand il retrace la vie d’une jeune danseuse noire exposée à tous les dangers de la nuit dans un pays criminogène, l’Afrique du Sud.
Pour moi l’on peut rattacher le poème au thème de la sorcellerie au sens large comme expliqué sur le forum des auteurs. J’💕

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Jean François Bottollier · il y a
Merci Fred. Les textes comme les peintures n'existent qu'à travers le regard et la lecture de chacun. J'aime à chaque fois entendre où mes histoires et mes tableaux ont touché. Merci encore.